L’éclat bleuté de l’aube…, micro-récit

Ce micro-récit a été écrit pour la section « Miroirs » de la revue À verse, et publié dans le numéro 9. Il s’agissait d’écrire des textes à partir de la série de peintures Marthe au tub de Bonnard.

L’éclat bleuté de l’aube filtrait à travers le rideau dont les longs plis s’écoulaient comme un ruisseau sur les vitres.

L’esprit encore enfoui dans un demi-sommeil, le corps nu nimbé du souvenir de la chaleur sous l’édredon, elle brisa la mince couche de glace qui se formait, les nuits d’hiver, à la surface de la bassine. Retirant du feu le broc fumant, elle s’apprêtait à verser l’eau bouillante dans l’eau glacée, quand elle retint son geste. Dans le broc d’étain soudain noirci, le liquide était blanc, comme du lait mousseux qu’elle n’osait plus répandre.

 

Bonnard, Femme au tub, 1914.

Bonnard, Femme au tub, 1914.

 

Bonnard, Nu accroupi au tub, 1918.

Bonnard, Nu accroupi au tub, 1918.

 

 

 

 

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Parution de l’ouvrage « Les Révélations du rêve dans la littérature de langue espagnole »

L’ouvrage Les révélations du rêve dans la littérature de langue espagnole, Travaux et Recherches 8, vient de paraître, sous la direction de Amadeo Lopez et Béatrice Ménard, aux Presses Universitaires de Paris Ouest. Il s’agit des actes du colloque du même nom, organisé par le GRELPP de l’Université de Paris Ouest Nanterre en mars 2010. Entre autres thématiques, il regroupe des réflexions sur le rêve et la psychanalyse, s’interroge sur les rapports entre rêve et fiction, rêve et narration, rêve et théâtre, et offre une large place à l’exploration de la poétique du rêve, le tout dans la littérature espagnole et latino-américaine. Vous pouvez également y trouver mon article intitulé « Métaphores oniriques et révélations dans Soledades. Galerias. Otros poemas. d’Antonio Machado ».

À même le sol du métro…, micro récit

À même le sol du métro, entre un coin crasseux et une poubelle, le SDF dormait, la tête cachée sous son manteau, la nuque repliée sur son sac.

Au-dessus de lui, sur les immenses panneaux publicitaires tout au long du quai, des gens faisaient semblant de dormir. Jeunes, vieux, femmes, hommes, blancs, noirs, et un chaton tigré – diversité oblige, s’étalaient, un sourire de fausse extase aux lèvres, dans les lits moelleux et immaculés d’une nouvelle chaîne d’hôtels.

Sans dramaturge, de lui-même, le monde pratiquait fort bien l’ironie tragique.

Lorsqu’ils descendirent du taxi…, micro-récit

À Mazen Maarouf

Lorsqu’ils descendirent du taxi, le bus de nuit pour l’aéroport était déjà là. Il y monta, puis, sans détacher ses yeux d’elle, s’assit dans le sens inverse de la marche. Le bus s’éloigna, et les larmes qui s’accumulaient en elle depuis la veille, formant un petit étang derrière son visage, coulèrent enfin tandis qu’elle commençait à marcher dans le silence des rues désertes. Le seul bruit qui lui parvint fut celui d’un goéland perçant de son bec une boîte en plastique, dans une ruelle de la nouvelle ville.

De loin, elle vit venir dans sa direction un grand rasta dégingandé. Quand il fut à sa hauteur il lança, avec un clin d’œil : Where are you going? Come on, let’s have a good time! Elle continua d’avancer, comme nue, exposée sous ces mots, sous l’attaque de cette présence importune, alors que l’absence qui commençait à imprimer son creux au fond d’elle était trop récente, et voulait demeurer une place cachée, un sanctuaire enfoui. Elle le remplit de la goutte sur ses cils qui rendait brillant l’éclairage des murailles, de l’odeur verte d’un parc tout proche, où les oiseaux s’éveillaient, de l’échappée au bout de la rue en pente sur ce qu’elle savait être, très loin, la mer, du grincement de la porte de l’échoppe d’en face, du creux dans le lit où une heure auparavant il dormait, et de la lumière dans la chambre, un peu plus claire, qui annonçait déjà le très petit matin.

Ce micro-récit a été publié dans le numéro 8 de la revue À verse.

Cela faisait maintenant dix ans qu’on l’avait enfermé…, micro-récit

À la suite de l’exposition Zufallstreffer à Berlin, où des textes de différents auteurs répondaient à des dessins d’Aurélien Tristan Bonnetain, vient de paraître en édition limitée le catalogue de l’exposition, et un livre électronique regroupant toutes les contributions. Voici la mienne, sous forme de micro-récit, accompagnée du dessin qui l’a inspirée.

Cela faisait maintenant dix ans qu’on l’avait enfermé.

Parfois il songeait au merveilleux chaos de la ville dehors. Il revoyait flotter devant ses yeux des immeubles crénelés, de petites montagnes derrière des palissades, des campaniles avec d’étroits colimaçons sans fin, des barques à la voile triangulaire toujours amarrées à quai. Enfant, il avait longtemps contemplé la mousse et les puces d’eau qui envahissaient leurs coques pourries. Le vrombissement infernal de quelques uns de ses jouets mécaniques lui revenait en mémoire. Sa mère avait certainement dû, dans la terre bien ratissée de derrière le portail, faire pousser une plante fleurie pour chacune de ses années de détention.

En général, il étouffait le cours de ses pensées aussitôt qu’il les sentait s’éloigner du souvenir pour se rapprocher de la supposition. Tout s’achevait dans la lumière aveuglante de la lampe braquée sur lui lors de l’interrogatoire. Il recommençait alors à scruter les sillons dans l’empreinte spiralée de son doigt.

Exposition « Zufallstreffer » – Berlin

Aurélien Tristan Bonnetain, Zufallstreffer

L’exposition Zufallstreffer, qui aura lieu à Berlin les 24 et 25 février 2012 au Kunstraum Kreuzberg/ Bethanien (Studio I) présente les 10 dessins d’un ami, Aurélien Tristan Bonnetain. À chaque dessin il a voulu que réponde un texte écrit  par un auteur différent. J’ai donc écrit un micro-récit qui sera exposé aux côtés du dessin qui l’a fait naître (le dessin comme le texte seront mis en ligne ici après l’exposition).
Les textes seront publiés par eriginals berlin et seront disponibles à partir du 24 février 2012 au format E-book. Lors du vernissage de l’exposition aura lieu une lecture de tous les textes.

 
 
Ci-dessous une description en allemand du projet, tirée du site de Mathilda Gold :

Zufallstreffer – Aurélien Tristan Bonnetain und die Geschichtenerzähler

Die Ausstellung Zufallstreffer – Aurélien Tristan Bonnetain und die Geschichtenerzähler zeigt Zeichnungen des in Berlin lebenden französischen Künstlers Aurélien Tristan Bonnetain und Texte internationaler Geschichtenerzähler. Bonnetain beschäftigt sich in seinen Zeichnungen mit der Zufälligkeit der Linie und der Entstehung von Geschichten. Die Geschichtenerzähler setzen sich ihrerseits mit dem Deutungsschatz seiner Arbeiten auseinander. Das Gemeinschaftsprojekt wird erstmals im Kunstraum Kreuzberg/ Bethanien in Berlin ausgestellt.
Die kleinformatigen, zweidimensionalen Arbeiten, die auf postkartengroße Notizblätter

Aurélien Tristan Bonnetain, Zufallstreffer

entstehen, führen über die Linie zur Fläche. Sie sind ein Experimentierfeld der Gedanken. Die lyrischen, zufälligen und naiven Zeichnungsprozesse des Künstlers laden zum Träumen und Geschichtenerzählen ein. Die Geschichte in der Zeichnung ist von der Zufälligkeit der Linie, der Form und deren Verhältnis zueinander geprägt. Während Bonnetain eine so entstehende Geschichte auf dem Papier erzählt, bleibt deren Ausgang bis zum Ende offen. Er erlaubt dem Geschichtenerzähler seiner Phantasie freien Lauf zu lassen und eine mögliche von vielen vorstellbaren Geschichten zu formulieren.

Das Dargestellte ist symbolisch oder figurativ – eine Illustration von gegensätzlichen Elementen, von verlorenen Figuren, die sich irgendwann in anderen Formen oder Landschaften willkürlich wiederfinden. Miniaturhafte Riesen, verstrickte Körper, Pseudophalli, fliegende Vaginas, Knochen, Krücken und Kolumnen, Labyrinthe, Monstren, unmenschliche und dekorative Formen führen den Betrachter durch eine verträumt konstruierte Welt. Er verliert sich darin – wandert, balanciert, fällt, springt und begibt sich in kuriose Situationen. Bonnetains Zeichnungen sind von fernen Reisen und Mythen, von Momentaufnahmen und Gesprächen, von Filmen, Bildern und Zitaten inspiriert. Sie handeln von dem, was in seinem Kopf oder seinen Fingerspitzen geschieht. Sie beanspruchen keine allgemeingültige Geschichte für sich und warten darauf von Geschichtenerzählern weitergeführt zu werden.

Die Ausstellung Zufallstreffer – Aurélien Tristan Bonnetain und die Geschichtenerzähler ist am 24. und 25. Februar 2012 im Kunstraum Kreuzberg/ Bethanien (Studio I) zu sehen.

Die Kurzgeschichten werden bei eriginals berlin publiziert und sind ab dem 24. Februar 2012 über den Verlag als E-Book erhältlich.

Teilnehmende Schriftsteller: Boris Hillen, Tobias O. Meißner, Romain Delange, Irène Gayraud, Irina Predo, Clément Labail, Johannes Lotze, Christian Wöllecke, Thomas Köck, Mazen Maarouf, Dalan Badak
 
Projektleitung: Vivi Kallinikou, Alime Gümüs
Projektassistenz: Eszter Légrády
Pressereferenz: Annika Hirsekorn

Parution de « Dérives », hors-série de la revue A verse

Il y a quelques jours est paru le numéro Dérives, tout premier hors-série de la revue À verse. Ce numéro est construit autour du thème ouvert de la dérive, et réunit des textes d’auteurs Français et Québecois.

Vous pouvez y retrouver deux de mes micro-récits : Le matin, elle avait d’abord entendu sa voix, et Elle lui tournait le dos…. Bonne lecture !