Note de lecture sur « Voltes »

Une lecture de Voltes (Al Manar, 2016), par Luc Vidal.

Note de lecture sur Voltes d’Irène Gayraud, éd. Al Manar, 2016.

Avec des dessins subtils de Jean-Gilles Badaire.

Parler de ou commenter le livre d’Irène Gayraud aux éditions Al Manar est peut-être définir et se pencher sur le mot Voltes. Car mon impression de lecture sur ce livre bien écrit me laisse d’être entre deux mondes, au point de ne pas savoir où je suis. Le titre est sobre, ouvre d’autres mondes, donne une sensation de départ ou de retour, de glissement vers le fantastique ou la vie quotidienne comme un  exil dans lequel je découvre les personnages.

Veut-il signifier ce que vivent les chevaux dans leur tour de manège quand le cavalier fait faire des mouvements au cheval en le faisant avancer en rond ou un terme de marine quand le capitaine vire de bord pour prendre une autre direction? Mais volter ce n’est pas se révolter peut-être virevolter. Il y a trois temps dans ce recueil de récits et tableaux courts: Dans les spires, Des mouvements sauvages, Vertiges des mues. Les personnages sont là sans nom, sans prénom, il ou elle ou l’enfant ou les hommes ou deux femmes… C’est leur histoire qui est décrite, saisie par des tableaux impressionnistes à l’écriture très fine. Je lis ces lignes comme des poèmes en prose. Le mot spire a son importance: il prolonge le mot voltes en toute liberté. Le couple qui entre en action dans Des mouvements sauvages raconte peut-être la difficulté de s’aimer et dans ses voltes les forces érotiques et sensuelles de la vie s’expriment jusqu’au bout de la nuit. Puis retour à une certaine réalité plus prosaïque avec Vertiges des mues où le texte du capitaine qui introduit le chapitre justifie totalement le titre du bouquin.

D’abord je me suis arrêté sur puis attaché à l’écriture du livre d’Irène, à sa fluidité d’évocation comme un luxe de mots qui fortifie et met en relief le récit. L’éclat bleuté de l’aube filtrait à travers le rideau dont les longs plis s’écoulaient comme un ruisseau sur les vitres ou Le jour où il tomberait d’un toit, un vol d’hirondelles viendrait nicher dans la charpente avec un léger bruit de papier que l’on froisse ou ll le sait à présent: un fleuve coule au fond de lui comme une frontière qu’il vient de franchir. Tout est joué depuis l’instant où, passant par hasard devant une porte entrouverte, il l’a surprise assise de profil, en train d’ouvrir une mangue. Ce qui est raconté, avec le sens du détail accompli dit le fantastique qui effleure le réel, la dureté du réel comme un cauchemar, un rêve que les personnages explorent réellement, une joie voilée de vivre aussi. Voltes bien sûr comme le tu du verbe volter au présent de l’indicatif. Voltes bien sûr quelque chose d’insolite comme une quête de l’improbable. Ce livre bien sûr est fait comme une offrande pour connaître les ressorts cachées de l’âme d’une poète suave et délicate qui avance comme nue sous ces mots. Les mots de la poète me donnent envie de lire mains tenantes les poèmes de Sor Juana. Lecteur, laisse-toi à ces confidences murmurées pour lire au fond un poème-eau mêlée de clarté. Comme une musique qui célèbre une aube de juin. Et chantera alors dans ton âme la musique de l’été.

 

                                                                                           Luc Vidal, le 9 Juillet 2017

Lecture de Campana à la Tour de Babel

Cher-e-s ami-e-s, mardi 28 mars à 19h30, avec Christophe Mileschi, nous lirons des extraits de notre traduction de Dino Campana… nous ferons aussi entendre l’italien de l’original. Ce sera à la librairie italienne La Tour de Babel (10 rue du Roi de Sicile, 75004).
C’est de la poésie, c’est intense et c’est beau : venez !

 

1ère de couverture

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Lecture autour de Dino Campana

Cher-e-s ami-e-s de la poésie, de la langue italienne et de la traduction,

Mardi 13 décembre à 19h, j’aurai le grand plaisir de lire, en compagnie de Christophe Mileschi, des extraits de la poésie de Dino Campana et de la traduction à laquelle Christophe et moi avons passionnément oeuvré.

Si vous aimez Campana, venez !
Et si vous ne le connaissez pas, venez aussi ! Sa poésie fascinante est d’une intensité et d’une force inouïes, et mérite d’être découverte. C’est à mon sens un immense poète.

Cette rencontre aura lieu à La Libreria, librairie italienne située au 89 rue du Bd Poissonnière.

Ensuite nous partagerons un verre amical.

1ère de couverture

Lecture Al Manar à Saint-Denis

Cher-e-s ami-e-s,

Vous êtes cordialement invité-e-s à une lecture de résistance contre la terreur et la haine, autour du collectif publié chez Al Manar en juin 2016.

Elle aura lieu à Saint-Denis, au théâtre Gérard Philippe, vendredi 9 décembre à 20h30.
Treize poètes, un musicien et l’équipe d’Al Manar vous y attendront. J’y lirai le poème de Michèle Finck ainsi que mon poème.

(Entrée libre sur réservation).
Venez nombreux-ses !

Théâtre Gérard Philipe – Centre Dramatique National de Saint-Denis
59 bd Jules Guesde – 93200 Saint-Denis – www.theatregerardphilipe.com
Renseignements et réservations au 01 48 13 70 00
Accès : Métro ligne 13 station Basilique – RER D arrêt gare de Saint-Denis
Tram T1 arrêt Théâtre Gérard Philipe Bus 255, 256

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Conférence au PIAL

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Amis de la poésie et des langues !
 
Pour ceux d’entre vous que cela intéresse, je serai ce vendredi au séminaire du PIAL (Poésies ibériques et d’Amérique Latine) pour parler de deux grands poètes de langue espagnole, Luis Cernuda et Octavio Paz, et des rapports entre leur poétique et la guerre d’Espagne.
 
Le titre de la conférence : « D’une langue l’autre : Regards croisés d’Octavio Paz et Luis Cernuda sur la guerre civile espagnole ».
Quand : Vendredi 11 mars de 16h à 18h (conférence + échanges).
Où : Institut d’Études ibériques et latino-américaines ; 31, rue Gay-Lussac ; (Paris 5ème) ; Salle 23.
 
L’entrée est libre pour tous !

 
 

« à distance de souffle, l’air », lecture de Jonathan Baillehache

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« à distance de souffle, l’air », lecture de Jonathan Baillehache

Les 28 pages du livre de poèmes d’Irène Gayraud, à distance de souffle, l’air, édité par les éditions du Petit Pois (2014), ne sont ni collées ni cousues. De simples plis les retiennent de flotter hors de la couverture cartonnée qui les embrasse délicatement. Cette élégante ingénierie du livre introduit le lecteur au personnage principal du livre : une carte pliée qui flotte au vent. Mais la carte qui se déplie ainsi, reprise à travers le livre par le pronom « elle », est aussi une reine, peut-être la reine barbare du poète italien Dino Campana, qui est rappelé à notre mémoire par les épigraphes introduisant les deux parties qui divisent ce livre : « l’aridité » et « l’air ».L’air qui fait se déplier ainsi le pronom « elle » à travers ces 19 poèmes denses et succincts est visuellement représenté par le blanc de la page : il semble avoir balayé toute ponctuation. Ou presque. Un point de ponctuation, à la fin du premier vers du livre (« Ce qui reste de tant de fulgurance. »), et un autre, trois vers plus loin, (« Ce qui est resté. »), sont restés sur la page comme des parcelles de cendre, des grains de terre. Mais vite, emporté, soufflé dans l’air aride, ce point, d’un seul coup, disparaît. On laissera au lecteur le plaisir de chercher où dans ce livre éminemment visuel ces grains de poussières ont été portés par l’air aride. Leur ponctualité, comme la différence minime entre le présent progressif et le passé composé, s’estompe, pour faire place aux danses de l’air.

Au-delà des ponctuelles ponctuations du point, l’espace aéré du blanc emporte le lecteur dans une série de tumultes : des battements, des incurvations, des déploiements, des passages, des aspirations, des accroissements, des suspensions, des échappements, des éloignements, des rapprochements, des fulgurances, des effritements, des craquements, des éboulements, des éclatements, des déchirements. Tumultes relancés par des adverbes et des propositions tronqués, amputés, inachevés, flottants : « sous des dehors », « à son comble », « à égale distance », « en alerte », « n’a de cesse », « à distance de souffle ». Ces tumultes sont arrimés à la page, pourtant, par la majuscule, marquant le battement du noir et du blanc de chaque strophe, ainsi que par une série de groupes nominaux féminins, conclusifs, réunissant la tension de ces poèmes en formules claires et denses : « une apocalypse réticente », « une distance irrémédiable », « la prairie brûlante », « la catastrophe suspendue », « les courbes oublieuses », « des cicatrices primitives », « l’alarme des bêtes », « les cendres âcres ».

Lus à voix haute – ce qui est un vrai plaisir – le lecteur découvrira que ces tumultes ont une musique singulière, tantôt rythmée d’anapestes (« La côte demeure à égale distance ») et d’iambes (« les courbes oublieuses de la côte »), tantôt accidentée (« Comme une huile elle ravivent la base des flammes »). Envolée, arrimée, indécise, certaine, puis indécise à nouveau, la lecture de ces poèmes, prise entre l’œil et la voix, suit une carte, mais une carte barbare, qui flotte dans le vent, dont l’échelle n’a de cesse de changer, et qui s’arrête aux bords. Une lecture qui tourne autour d’un point d’aridité, donc, mais « sans l’assaillir ». Une lecture heureuse d’avoir soif, d’être étanchée, et d’avoir soif à nouveau.

Jonathan Baillehache