Autour de la poésie orphique, conférence au PIAL

 

Rodin, Orphée et Eurydice

 

 

Ce vendredi 28 janvier, je donnerai une conférence autour de la poésie orphique au séminaire PIAL (Poésies Ibériques et d’Amérique Latine). Il s’agira d’une introduction à l’orphisme et à la poésie orphique moderne, avec un panorama européen de poètes orphiques tels que Apollinaire, Valéry, Rilke, Trakl ou encore Campana. Puis je m’interrogerai sur l’absence d’orphisme en Espagne au début du XXème siècle, pour cela je passerai par une étude de l’orphisme dans le théâtre espagnol du Siècle d’Or (Calderón, Lope…). Enfin je parlerai de l’auteur cubain José Lezama Lima, véritable continuateur de l’orphisme européen en langue espagnole. Je serais ravie de vous y voir si le thème vous intéresse et que le coeur vous en dit !

 

Vendredi 28 janvier, 16h-18h

Séminaire PIAL

Institut d’Études Hispaniques et Latino-américaines

Salle 23

31 rue Gay-Lussac

75005 Paris

Orphée, de José Montalvo et Dominique Hervieu

Orphée ne cesse de vivre, de revivre, et de nous surprendre par ses métamorphoses. En témoigne en ce moment la création de José Montalvo et Dominique Hervieu au Théâtre National de Chaillot. Ce spectacle à l’esthétique baroque voire hétéroclite ne tombe jamais dans l’éclectique gratuit ou dénué de sens, et envoûte par la puissance de sa beauté.

À travers la danse, la musique et la vidéo, les deux chorégraphes revisitent le mythe d’Orphée dans toutes ses composantes. Une trame narrative subsiste sans pour autant trop s’imposer, et retrace les quatre grands moments du mythe : l’initiation et l’enchantement des animaux, la perte d’Eurydice et la descente aux Enfers, la mort, et enfin ce que la critique orphique nomme le « tombeau d’Orphée », c’est-à-dire sa permanence par-delà la mort.

Le travail de Montalvo et Hervieu est d’une subtilité infinie : aux danses situées sur la scène répond l’image vidéo dont les limites parfois s’effacent pour interagir avec les danseurs, le tout porté par la musique chantée et jouée en direct. Le talent des musiciens et des danseurs (parfois polyvalents !) est tout simplement époustouflant.

Et quelle beauté dans le traitement du mythe : dès le début s’y mêle le livre, l’objet-livre et le rêve que propose son contenu, puisque le spectacle s’ouvre sur un jeune danseur unijambiste marchant sur les bords de la Seine, devant les étaux des bouquinistes. Il y découvre un livre sur le mythe d’Orphée qui le conduit dans un voyage onirique où il devient Orphée lui-même. Mise en abyme qui rejoue celle de la scène et de la vidéo : au même instant, le danseur de l’écran se contemple, plus bas, dansant sur la scène.

N’insistons pas sur l’intérêt symbolique d’incarner le personnage d’Orphée dans un danseur unijambiste, qui possède donc un manque, mais le comble par l’art, la danse, comme Orphée perd Eurydice et renouvelle son chant. Mais les deux chorégraphes vont plus loin : tous les danseurs incarnent à un moment ou à un autre du spectacle le chantre Thrace, et en particulier un échassier venu du Cirque du Soleil. Aux dires même des chorégraphes, il représente le pouvoir magique d’Orphée, le lien entre ciel et terre caractéristique de la figure orphique. Mais c’est dans le duo avec son double unijambiste que la présence de cet échassier prend tout son sens : aux échasses brillantes répond le métal des béquilles, la présence rédoublée répond à l’absence, et les contraires s’unissent.

Il semble que les chorégraphes aient souhaité insister – à juste titre, et de manière remarquable – sur le pouvoir réconciliateur et harmonisateur d’Orphée : tous les styles de danse et de musique se succèdent, s’entremêlent, se contredisent, toutes les couleurs de peaux se mélangent, dans une harmonie qui ne se perd jamais. Orphée unit les contraires, et le spectacle aussi, à travers une vision baroque non dénuée d’humour, et perçue comme moyen d’embrasser une totalité, désir éminemment orphique.

Certains tableaux sont bouleversants : à la mort d’Eurydice, tandis qu’un thrène africain accompagné au théorbe est chanté par un des danseurs, nous voyons Orphée errer sur…le Pont des Arts (!), seul au milieu d’une foule qui passe peu à peu de la couleur au noir et blanc. Puis aux Enfers, un duo Orphée-Eurydice témoigne de la puissance du lien amoureux à travers des frissons se transférant d’un corps à l’autre, puis s’élargissant dans la danse.

Pour qui aime le mythe d’Orphée, ce spectacle est d’une richesse d’autant plus grande, les références foisonnent : dans la musique bien entendu, qui reprend des extraits – entre autres styles très divers – de Monteverdi ou Gluck, mais aussi sur l’écran où percent parfois des peintures retravaillées par la vidéo ou encore un clin d’œil au film Le testament d’Orphée de Cocteau, et plus précisément à la scène de la photo renaissant du feu même qui aurait dû la consumer.

Au fil du spectacle, tout fait sens : la danse aux gestes étonnants d’Eurydice dans le premier tableau se répète dans le second, et entre en interaction avec un serpent sur l’écran vidéo, comme si ses gestes la conduisaient déjà vers son destin. La boucle se ferme et peut donc renaître, comme le destin d’Orphée, lorsque la fin du spectacle reprend le tableau du début. Orphée à la fois au bord du fleuve et immergé dans le fleuve – dont il est né et où sa tête et sa lyre retournent, selon le mythe – témoigne de la permanence de son pouvoir quand, après un moment festif et jubilatoire où à nouveau tout s’unit, nous le voyons sur l’écran s’éloigner avec ses béquilles, son livre sous le bras, sans se retourner.

Orphée de José Montalvo et Dominique Hervieu, au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 19 juin 2010.

Gravitaciones en torno a la obra poética de José Lezama Lima, colloque

À l’occasion du centenaire de la naissance du poète cubain José Lezama Lima, un colloque international se tiendra à Paris les 28 et 29 mai prochains. Vous pouvez en découvrir le programme ci-dessous (cliquer sur les images) :

Et voici un bref résumé de ma communication :

JOSÉ LEZAMA LIMA ET L’ORPHISME

La communication s’intéressera à l’orphisme de José Lezama Lima, notamment tel qu’on peut tenter de le définir à la lecture de son essai Introducción a los vasos orficos et de ses réflexions rejoignant parfois l’orphisme dans Las eras imaginarias, orphisme qu’il considère comme « la tercera era imaginaria ». Il s’agira de situer l’orphisme de Lezama Lima au sein d’une définition de l’orphisme plus large, regroupant à la fois les traditions orphiques antiques et leurs réinterprétations jusqu’à la modernité, afin de voir comment et dans quel but il les a assimilées. L’orphisme de Lezama Lima part en effet d’une connaissance des cosmologies orphiques antiques, pour construire et révéler dans ses écrits une vision de l’homme, de la mort, de l’univers et de la poésie qui doit beaucoup à la reprise des motifs orphiques par les romantiques européens. Comme eux, Lezama Lima croit au pouvoir réconciliateur d’Orphée  et à la fonction de lien entre l’homme et l’univers qui est celle de la parole poétique orphique.