Battue en brèche, poème

Battue en brèche

 

Partout

partout ils avalent de l’iode

Il n’y a plus d’eau dans les fontaines

il n’y a plus que la peur d’une épée rouillée oxydée brandie

et des choses qui s’anthracitent entre elles

 

Wie spät ist es pour les vapeurs térébenthines

les tourtes vertes de cuivre amoncelées dans le désert d’Atacama

Christina sur le tableau, tombée, qui rampe, essaie d’avancer encore un peu dans le blé, même si les corbeaux au bord du cadre fuient une menace, se répandent hors-champ, invisibles comme des particules radioactives

les fahrenheits transformés en stalactites, dont les écureuils de Central Park évitent par à-coups la chute

le qui-vive sans fin du ruisseau

les travailleurs sur les pentes ébréchées de sillons stériles

la prostituée latine, en brûlant les énièmes piles d’un petit poste de radio offert sans contrepartie par un musicien de son quartier, sourit, déploie son corps sous les linteaux génois

la radio révèle ses poumons brûlés

les chiens errants meurent pleins de tremblements dans la gare de Valparaiso

Comment les attraper sans les mettre en laisse

ouvrir une brèche au couteau sans rien égorger

il faudrait encore croire aux rites aux sacrifices qu’enfants nous célébrions en noyant des insectes

croire qu’à présent il pleut

car quelqu’un

quelque part

chante faux

a dansé la danse de la pluie

mais la lune depuis longtemps ne suit plus notre marche

 

Une brèche

où engouffrer des mots à la même vitesse

Tout se compresse jusqu’à l’écorce pour extraire son carburant

tu l’avales comme si cette semence pouvait te féconder par la gorge

Non décidément il n’y a plus d’essence

peut-être rien qu’un fond de bouteille de white-spirit

posée là-bas derrière un mur espalier de vent

pour corroder les bords sanglants de la brèche

 

Ce poème a été publié dans le numéro 8 de la revue À verse, et a été traduit en espagnol par Laura Petrecca et moi-même puis publié sur le blog tenu par Luna Miguel Tenían viente años y estaban locos, où vous pouvez également découvrir en langue espagnole de nombreux autres jeunes poètes espagnols ou internationaux.

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