Traduction de trois poèmes de Laura Petrecca

Voici trois poèmes d’une amie argentine Laura Petrecca, que j’ai traduits de l’espagnol en collaboration avec l’auteur pour le numéro 6 de la revue À verse.

Caen multiplicándose,

raspan el suelo, muerden el acero negro

cómo creer entonces

eso de que el corazón es el cielo mismo

 

como si en los caparazones,

las indefensas llamadas

dejaran abierto el deseo próximo instantáneo,

 

ver un rostro de nuevo

 

verlo nuevamente,

entero

 

no hacerlo con partes ajenas,

no creer que una cruz de sal que se hunde en el piso,

es más que la cara bien formada

la que en su cambio no aleja

y en sus monturas no duerme

Ils tombent en se multipliant,

raclent le sol, mordent l’acier noir,

comment croire encore

que le cœur soit le ciel même

 

comme si dans les carapaces,

les appels sans défense

laissaient ouvert le désir proche, instantané

 

voir un visage à nouveau

 

le voir encore

entier

 

ne pas le créer avec des morceaux étrangers,

ne pas croire qu’une croix de sel qui s’enfonce dans le sol

serait plus que le visage bien formé,

qui dans ses changements n’éloigne pas

et ne dort pas dans ses montures

¿Quién sabe acaso lo antes dado?

 

como quien no sonríe sujeta la balsa,

en la acidez de la cuerda se ajustan los bordes

y el pez que remonta su cuerpo para quedar estallado contra la madera

 

jamás imaginó que se aceitaba,

que se lamía igual que la costa donde casi se sentó

 

donde sorprendido lo vio, donde sorprendido me vio

y atravesó las piernas, las plumas

la goma que le relucía en dedos

 

solo para quedar dormido,

con las branquias soñando el piso

Qui saura ce qui s’est passé ?

 

comme quelqu’un sans sourire soutient la barque,

dans l’acidité de la corde s’ajustent les bords

et le poisson qui remonte son corps pour se retrouver éclaté contre le bois

 

n’avait jamais imaginé qu’il s’huilait,

qu’il se léchait comme la côte où il s’était presque assis

 

où surpris il le vit, où surpris il me vit

et il transperça les jambes, les plumes

la gomme qui reluisait sur ses doigts

 

pour s’endormir,

avec ses branchies rêvant le sol

¿Sería  cierto que naufragaron?

que en la oscuridad quedaron

sorprendidos, lejos

pero sin dejar de escuchar por debajo

 

del valle un círculo perfecto

limpian el cielo;

 

las anguilas  reinaban,

marcaban los caminos del pueblo

Se abrían unas a otras y

crecían bajo los restos del fuego

 

cuando muerden sobre los techos

y su piel se humedece,

se aceita,

de ella crecen ladrillos que se tocan como piedras extranjeras

 

retumba en las torres de tierra

que se molestan unas a otras en un pecho grande,

tiritan como globos de leche por sobre un vientre gatuno

Leur naufrage serait vrai ?

ils seraient restés dans l’obscurité

surpris, loin,

mais sans cesser d’écouter en-dessous

 

de la vallée un cercle parfait

ils nettoient le ciel ;

 

les anguilles régnaient,

marquaient les chemins du village

Elles s’ouvraient les unes les autres et

surgissaient sous les restes du feu

 

quand elles mordent les toits

leur peau s’humidifie,

s’huile,

et donne naissance à des tuiles qui se touchent comme des pierres étrangères

 

un écho dans les tours de terre

qui se gênent les unes les autres dans une grande poitrine,

grelottent comme des globes de lait sur le ventre d’un chat

 

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2 réflexions au sujet de « Traduction de trois poèmes de Laura Petrecca »

  1. Bonjour, merci pour ces beaux poèmes et vos traductions. J’arrive ici par le biais du blog festindebabel, que je viens de découvrir : belle ouverture et curiosité, mais les traductions, souvent, déçoivent. Il semble (si je puis me permettre) que vous relevez le niveau… Nous nous sommes peut-être croisées fugitivement, il y a quelques mois : n’avez-vous pas participé à un récital de poésie au Grand Parquet? Bonne chance pour votre projet autour de Dino Campana, et pour les autres!
    Myrto Gondicas

    • Bonjour et merci de votre commentaire et de vos encouragements. Je n’ai pas participé au récital dont vous parlez, sans doute me confondez-vous avec quelqu’un d’autre ? Bien à vous.

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