A l’enfant du crépuscule ; A l’enfant des feux, poèmes

Voici deux poèmes parus dans le premier numéro de la revue Place de la Sorbonne.

 

 

À l’enfant du crépuscule

 

 

Les premiers mots pour dire

la fascination

de voir le ciel se dénouer chaque soir vers la terre et les eaux

et sans hâte

la ténèbre s’étirer                    puis absorber peu à peu la lumière

 

 

À rebours

la voix vint te heurter

Comme après-coup

bruit la boussole,        confirme l’axe de ta marche

t’indique

de chercher l’unisson à partir de l’octave

d’élargir l’espace pour la jeune voix

 

celle     que tu revis poindre de la non-mémoire

comme un mur éboulé vers l’intérieur de la maison, invisible espalier

 

celle     qui avait osé dire

 

chaque soir se réunit ce que Dieu avait séparé

 

 

 

À l’enfant des feux

 

 

Son souffle neuf disait

 

plus puissante que le feu

est l’attente                 entre les feux

le noir reconquis sur chaque braise,                          le cri s’effilant,

annonce

d’un éclair qui ne durerait pas

 

 

S’exténuent les éclats…

Le son persiste encore et murmure au travers

 

Écoute !

 

le commencement résonner dans l’intervalle

et les échos maintenant,         au plus haut point de marcher vers le souffle

 

Exulte !

 

Oui, exulte !

 

car l’enfant déjà savait

 

que chaque feu est un appel

 

que la beauté n’est pas de pierre,       mais mouvement

qu’elle n’est pas la toute-droite,         mais de feu

 

 

 

 

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4 réflexions au sujet de « A l’enfant du crépuscule ; A l’enfant des feux, poèmes »

  1. Je persiste à penser que « A l’enfant du crépuscule » contient toute la douceur et la force d’un beau poème. L’enregistrement rend bien compte de ce que l’on ne peut que pressentir lors de la lecture muette : tes vers sont bâtis sur le souffle. Et ce dernier vers qui m’a retiré un frisson à la première lecture ! Dans tes textes, la profondeur n’est pas surjouée, elle est simplement là et te frappe sans prévenir. Pas de violence toutefois ! On aime être remué ainsi. Combien de fois dans sa vie de lecteur peut-on être arrêté pour méditer un vers ? Je ne crois pas que cela arrive si souvent. C’est bien dommage, d’ailleurs…

  2. Deux très beaux poèmes, et même si tu ne sembles pas aimer ce genre de jugement, j’oserais dire que toute leur valeur réside dans leur force d’évocation et l’émotion délicate qu’ils suscitent. Oui, l’émotion (cf. le frisson, évoqué par la commentatrice précédente, que j’ai ressenti aussi), mais pas le pathos ou l’émotion de supermarché, à deux sous…une émotion plus profonde et plus secrète, plus difficile d’accès sans doute, qui demande de creuser les mots pour être approchée, une émotion à la fois physique et métaphysique, puisqu’elle a avoir (il me semble) avec l’énigme d’être au monde…Et ici elle s’incarne pleinement dans le souffle.

    • Chère Anne-Emmanuelle, merci beaucoup pour ces mots qui me touchent. Ce type d’émotion que tu décris, j’en mesure toute l’importance et toute la beauté, et le ressens aussi parfois dans l’art, je suis loin de le rejeter…

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