Achoppement, poème

Achoppement

I

Dans le bois de tombes (le vent qui souffle est celui d’hier), un homme prend des photos pour compléter sa collection de pierres indéchiffrables.

II

Au bois de tombes, on trouve des poissons, des lions et un lion, des grappes, des mains levées. Ici, ce ne sont plus les os mais les pierres qui sont rendues à la terre, là strates indiscernables. Entre les stèles reste tout juste assez d’espace pour la peur des pierres. Au même instant elles s’enfoncent et jaillissent, dans un désordre secret.

III

Jusqu’au bois de tombes, j’apportais dans mon sac une pierre. Un pavé des rues de la ville, calcaire, qui du ciseau allait retourner à la tombe. Il maintiendrait entre sa base et la stèle une vie possible, dans l’opacité du socle sans fissure.

Rien, sauf des hommes sur les graviers, n’advint. Sans doute quelque chose eut lieu, qui fut insaisissable. Pendant que ma pierre se faisait vieille et nouvelle, je lui parlais en m’éloignant, et un pavé s’enfonçait dans la confiance de l’incertitude.

Dehors, sur d’autres pierres, un bras levant une épée sort de sous une herse.

Ce poème est paru dans le numéro 149 de la revue Verso. Une traduction en espagnol de Pablo Martín Ruíz est parue au Mexique dans le numéro 34 de la revue Metrópolis.

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