D’un possible rapport entre orphisme et obscurité chez Mallarmé

En envisageant l’obscurité chez Mallarmé au sens le plus concret du terme, il semble au premier abord difficile de tisser des liens entre cette notion et celle de l’orphisme. L’obscurité renvoie en effet d’abord aux ténèbres, à l’absence de lumière, à la nuit. Or le mythe d’Orphée pour Mallarmé est avant tout un mythe solaire.

Dans sa traduction du manuel de mythologie de l’anglais Georges Cox, Les Dieux Antiques, paru en 1880, Mallarmé se rapproche de la pensée du philologue allemand Max Müller, selon laquelle derrière chaque mythe se trouve le combat du jour et de la nuit. Le mythe d’Orphée, interprété selon le point de vue du linguiste, y est raconté comme un mythe du Soleil et de l’Aurore, à laquelle est associée Eurydice par l’étymologie de son nom « dénotant le vaste jaillissement de l’aurore dans le ciel ». Quant au nom d’Orphée, il viendrait du sanscrit Ribhu, nom plausible du soleil. Ce récit fait donc de la katabase une simple alternance du soleil et de nuit : la descente d’Orphée dans les ténèbres a pour but de ramener l’aurore, qu’il fait naturellement disparaître par sa propre clarté lorsqu’il sort de terre.

Le mythe d’Orphée est donc plutôt chez Mallarmé un mythe de la lumière, et du renouveau de la lumière, qu’un mythe de l’obscur (alors qu’on associe également souvent le nom d’Orphée au grec orphnos, obscur, sombre). De plus, le mythe d’Orphée dans les Dieux Antiques ne semble pas avoir plus d’importance que cette anecdote lui donnant un sens strictement naturel. Comment dans ce cas tenter de rapprocher la question de l’obscurité poétique de celle de l’orphisme ? Ce rapprochement peut pourtant être fait, me semble-t-il, si l’on entend orphisme non pas simplement comme le mythe d’Orphée au sens strict, mais comme toute une attitude poétique face au monde et au langage, liée bien sûr à la vision d’Orphée comme chantre de l’harmonie cosmique et comme prophète de l’inconnu, qui s’est élaborée peu à peu dans l’art depuis l’Antiquité.

La conception générale des mythes par Mallarmé est très proche de celle de Max Müller, et repose sur une explication naturelle des mythes, liée à des phénomènes linguistiques. Les mots et expressions qui servaient à désigner des objets naturels, ou des processus (comme le passage du jour à la nuit), par oubli de leur sens primitif et glissement sémantique, auraient été utilisés pour désigner des divinités. C’est donc, dans cette conception, le langage qui est créateur de mythe, et plus précisément l’oubli du sens premier des mots. Il s’agit ainsi, pour Mallarmé, de retrouver le sens originel des mots afin de déconstruire ce que le langage construit, c’est-à-dire du mythe. C’est peut-être un des sens de son expression bien connue « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » (Le Tombeau d’Edgar Poe) : retrouver ce sens primitif des mots, avant son oubli, déconstruire linguistiquement la mythologie.

Or les mythes, puisqu’ils sont perçus comme la manifestation surnaturelle d’une réalité au départ strictement naturelle, constituent une explication possible de l’univers : en remontant le processus de construction d’un mythe on retrouve le monde naturel comme point de départ. Le mythe d’Orphée constitue donc une (parmi d’autres) explication du monde. Pourquoi Mallarmé choisit-il alors de faire,  dans la lettre à Verlaine du 16 novembre 1885, lettre dite autobiographique, de « l’explication orphique de la Terre […] le seul devoir du poëte et le jeu littéraire par excellence » ? Pourquoi « orphique » en particulier ?

Un élément d’explication réside peut-être dans ce texte des Dieux Antiques qui semblait au départ apporter peu d’éléments au delà du récit naturel du mythe d’Orphée. En effet, Mallarmé remontant à l’origine de ce mythe, y affirme que  «  Le sens primitif semble avoir marqué l’énergie et le pouvoir créateurs », et fait plus loin référence à la musique d’Orphée. Ainsi Mallarmé voit peut-être en Orphée l’image du poète et du créateur par excellence, puisque la poésie du chantre thrace harmonisait l’univers, à l’aide d’une langue primitive efficace. Pour James Austin, l’adjectif orphique dans la fameuse expression mallarméenne est un simple synonyme de l’adjectif poétique : « on peut conclure que Mallarmé voulait dire par « orphique » tout simplement  « poétique », puisqu’ Orphée était pour lui le poète par excellence. »[1] Cette phrase, qui reste juste dans son idée générale, puisque Mallarmé ne s’intéresse que peu au mythe d’Orphée lui-même, mais plutôt à l’idée de pouvoir créateur et poétique que cette figure dégage, me semble tout de même un peu réductrice. Le choix du terme orphique par Mallarmé peut sans doute être également justifié par le fait que l’orphisme se rapproche du mystère : que ce soit la religion orphique antique, où les pouvoirs attribués à Orphée, ils sont tous des moyens d’expliquer l’univers qui restent mystérieux et magiques. La poésie orphique, magique et suggestive, est un moyen pour dire le mystère de l’existence, pour expliquer l’homme et l’univers. C’est en cela qu’elle rejoint l’obscurité, et que la descente d’Orphée aux enfers peut être analysée, selon le propre terme de Mallarmé dans les Dieux Antiques, comme un « pèlerinage ». Ce désir de redonner un sens pur aux mots, et de tenter d’embrasser par la poésie une explication de la terre est précisément un désir orphique : or cette tentative, qui constitue le devoir du poète, exige des moyens poétiques nouveaux, faisant tendre le poème vers l’obscurité.


[1] James Austin, « Mallarmé et le mythe d’Orphée », dans Cahiers de l’Association Internationale N° 22, Le mythe d’Orphée au XIXe et au XXe siècle, p. 179.

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8 réflexions au sujet de « D’un possible rapport entre orphisme et obscurité chez Mallarmé »

  1. Je trouve ce texte extrêmement intéressant. J’aurais néanmoins quelques questions et tout d’abord une critique, purement formelle.

    En effet, tu affirmes d’abord qu’« en envisageant l’obscurité chez Mallarmé au sens le plus concret du terme, il semble au premier abord difficile de tisser des liens entre cette notion et celle de l’orphisme »
    Il me semble qu’il faudrait peut être ajouter à la fin quelque chose comme « et celle de l’orphisme telle qu’il la conçoit » sinon cela semble contradictoire avec la suite, quand tu affirmes plus loin « alors qu’on associe également souvent le nom d’Orphée au grec orphnos, obscur, sombre »

    Si l’on associe également souvent Orphée au grec orphnos , on aurait alors à première vue aucun mal à « tisser des liens entre cette notion (l’obscurité) et celle de l’orphisme », non ?

    Cela est un détail, mais il m’a fallu relire attentivement pour bien suivre le propos exact qui me parait être plutôt que le lien entre l’obscurité de Mallarmé et le nom d’Orphée, souvent associé au grec orphnos , n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire alors à première vue , et peut même paraitre paradoxale dans la mesure où ce mythe est d’abord pour Mallarmé un mythe solaire .
    Je me trompe ?

    Bon je ne vais pas m’attarder plus longtemps sur un détail de lecture qui n’a peut être gêné que moi.

    Quoiqu’il en soit, j’aurais donc une première question, à laquelle tu comptais peut être répondre de toi-même dans un prochain article: comment, selon toi, l’obscurité de Mallarmé permet-elle « de donner un sens plus pur au mot de la tribu » et de « retrouver le sens originel des mots afin de déconstruire ce que le langage a construit, c’est-à-dire du mythe » ?

    J’aurais en outre une seconde question : ces différentes théories t’influencent-elles dans ta propre recherche poétique et dans ta conception de la poésie en général, et, si oui, de quelle manière ?

  2. Merci pour ce commentaire et ta remarque liminaire : effectivement j’entends « l’orphisme tel que le conçoit Mallarmé ».

    Pour répondre à ta première question (ou tenter de la faire, car je ne suis nullement spécialiste de Mallarmé, et toutes ces réflexions ne sont que des hypothèses !), je pense que chez Mallarmé l’obscurité est une conséquence de la recherche d’une langue plus pure. Ce n’est pas l’obscurité qui permet de donner ce sens, sinon a posteriori (le mystère qu’elle apporte garde des interprétations immédiates), mais elle est une suite logique du projet poétique de Mallarmé. Je m’explique : Tenter de parler du mystère à travers un langage efficace tel que pouvait l’être celui d’Orphée justifie en quelque sorte l’obscurité du résultat poétique. Ce regret de Mallarmé que les mots ne soient pas à même d’exprimer les objets à la fois par leur forme et leur sens se lit dans Crise de vers, texte publié en 1897 :

    « Les langues imparfaites en cela que plusieurs, manque la suprême : penser étant écrire sans accessoires, ni chuchotement mais tacite encore l’immortelle parole, la diversité, sur terre, des idiomes empêche personne de proférer les mots qui, sinon se trouveraient, par une frappe unique, elle-même matériellement la vérité. Cette prohibition sévit expresse, dans la nature (on s’y bute avec un sourire) que ne vaille de raison pour se considérer Dieu […]. »

    Ce que déplore Mallarmé est donc la diversité des langues : il s’agit d’un constat post-babelien, qui rend impossible l’adéquation d’un mot à la vérité, puisqu’il serait différent dans une autre langue, pour désigner le même objet. Ce qui manque est ainsi une parole absolue et définitive, qui serait en somme celle de Dieu, et qui était précisément celle d’Orphée. Quelques lignes plus loin, Mallarmé assigne au vers la tâche de suppléer à ce « défaut des langues ». C’est donc à la poésie qu’il incombe de créer cette langue immortelle, non-arbitraire et absolue, or pour ce faire, il faut s’éloigner du langage courant, et donc se rapprocher de l’obscurité : qu’on se souvienne du commentaire joint à l’envoi de la première version de son « Sonnet allégorique de lui-même », où Mallarmé affirme que la dose de sens de ce poème est « inverse […] à la dose de poésie qu’il renferme ». Pour arriver à une poésie proche d’une langue absolue, il faut ainsi a priori s’éloigner du sens littéral, donc aller vers l’obscurité. Ceci s’explique par le fait que Mallarmé ne déplore pas seulement la diversité des idiomes, mais aussi l’emploi du même langage pour la littérature et la communication. Toujours dans Crise de vers on peut lire ce désir de différencier les deux langages :

    « Un désir indéniable à mon temps est de séparer comme en vue d’attributions différentes le double état de la parole, brut ou immédiat ici, là essentiel. »

    Ce double état est bien celui d’une langue servant à la communication face à la langue littéraire qui se doit d’être autre, de se distinguer. Or la langue primitive, celle d’Orphée, était poétique, et donc irréductible à l’expression des échanges sociaux. Pour retrouver cette langue, il faut ainsi s’éloigner du langage commun, l’efficacité de la langue poétique dépendant de son éloignement de la langue courante. La poésie doit donc créer un monde irréductible, où tous les mots sont remotivés (elle doit ainsi déconstruire et reconstruire), renouvelés, dans le vers qui devient comme un mot suprême. Le poème sera ainsi difficilement compréhensible au premier abord, le sens sera à déchiffrer, condition nécessaire pour que la langue exprimant le mystère de l’univers soit efficace.

    Je ne sais pas si cette explication (qui je le répète n’est qu’une hypothèse parmi d’autres) est claire et répond à ta question !

    Pour ce qui est de ta seconde question : Ces théories m’influencent d’une certaine manière car elles me font réfléchir sur ce que peut la poésie. Mais je reste extrêmement prudente avec la notion d’obscurité. Si je suis assez d’accord avec l’importance de l’allusion en poésie, la nécessaire part du caché et du mystère, le travail en profondeur sur la langue (qui doit dépasser le langage courant), il me semble que l’obscurité rime souvent avec fausse complexité. Je tiens beaucoup à l’idée de clarté en poésie, disons d’une ligne claire : l’obscurité d’un texte peut souvent être un moyen de créer une complexité de façade, qui cache de la confusion, un manque de clarté dans le projet du poème. Bien entendu, l’obscurité est parfois motivée, nécessaire selon le poème, mais je tente de la manier prudemment. Par contre, la conception orphique de la poésie et du monde est assez présente dans ma recherche poétique.

  3. Bonjour,
    je ne suis pas tellement d’accord ton interprétation de la célèbre phrase qui commence par « un désir indéniable à mon temps… » – car il s’agit bien pour Mallarmé de CRITIQUER cette bipartition (qui répond au désir de son temps, et non au sien propre) entre d’un côté parole brute ou commune et d’une autre parole poétique. Le début de la phrase est assez clair, me semble-t-il : « un désir indéniable à mon temps est de séparer, comme en vue d’attributions différentes.. » Il n’assume pas cette position.

    Car pour lui toute parole « est avant tout rêve et chant » (La musique et les lettres), si bien que ce que l’on nomme A TORT la parole commune (ce que l’on voit à tort comme différent de la parole poétique) n’est en somme qu’un ensemble de vers ou de poèmes inconscients de soi (et de leurs pouvoirs). Donner « un sens plus pur au mot de la tribu » (si tant est que cette expression s’applique à Mallarmé lui-même, qui la donne à propos de Poe) doit donc s’entendre – ainsi que tu le fais d’ailleurs dans la première partie de ton article – comme retrouver et exhiber ce que la langue (toute langue, même commune) contient de poésie, car il n’y à qu’une langue (et non deux).

    Pb : d’où vient l’obscurité, alors, si ce n’est d’une volonté de démarcation d’avec le langage commun (puisqu’il s’agit au contraire de le rendre plus pur, c’est-à-dire aussi PLUS LUI-MÊME, en tant que langage) ? De ce que tu dis (qui est très vrai) sur le postbabelisme : la vérité est inaccessible. Ce qui signifie ceci : le soit-disant « langage commun » est lui-même très obscur, très mystérieux, on n’y comprend rien (dès qu’on s’y penche un peu), il ne dit pas ce qu’il dit, il ne dit rien – il délire et il chante (« rêve et chant »). Toute parole est obscure, car déconnectée de l’être. Il n’y a que du chant, du babil, même dans « la parole commune » QUI NE SEMBLE CLAIRE QUE TANT QU’ON NE L’ECOUTE PAS vraiment. La tâche de la poésie est dès lors de redonner son sens aux mots, et derrière eux à la parole, en exhibant dans le même mouvement 1. leur obscurité foncière (leur obscurité essentielle) et 2. leur musicalité délirante.

    C’est un peu touffus, pas trop obscur j’espère.

  4. Bonjour et merci pour ce commentaire. Je crois que dans le fond, nous sommes assez d’accord : il s’agit d’une démarcation d’avec le langage commun. J’ai du mal à savoir si Mallarmé assume ou non ce « désir » de son temps, mais il me semble que le texte de « Crise de Vers » permet de lire que Mallarmé différencie clairement le langage de l’échange (qu’il compare à de la monnaie) et la littérature. Vous avez sans doute raison lorsque vous dites que ce langage d’échange prend une nouvelle dimension chez le poète, qui révèle son pouvoir de « rêve » et de « chant ». Mais ce qui me semble essentiel, c’est que nous sommes loin d’une conception qui rapprocherait littérature et langage de communication : la parole poétique fait, chez Mallarmé, entrer la langue dans un « autre état ».

  5. Riche article et riche échange! « Dès qu’il y a effort au style, il y a vers » enchérit Mallarmé sur le « double état de la parole ». En effet il n’y a pas deux modes (mondes) linguistiques séparés, l’ « essentiel » est épuration du « brut ».

    Reste que Mallarmé s’est obstiné à « creuser le vers » jusqu’à ses derniers jours, lorsqu’il reprit l’Hérodiade de sa jeunesse, une fois publié le « Coup de dés ». On dirait que pour lui le vieil alexandrin peut constituer une forme expérimentale. C’est vrai que Marguerite Moreno lui avait donné l’espoir d’une interprétation par les acteurs de la Comédie Française s’il arrivait à terminer le poème.

    A ce propos je signale une surprise, de récentes mises en ligne d’une interprétation théâtrale de « l’Après-midi d’un Faune » (fragments mais il manque peu de texte) et surtout d’ « Hérodiade » intégrale y compris l’ « Ouverture ancienne ». Je trouve remarquable qu’il ait fallu attendre 100 ans pour qu’une version simplement théâtrale du « rêve » mallarméen se concrétise. Les interprètes sont bons (Le Faune plus Mallarmé que Faune peut-être, mais Hérodiade particulièrement belle et la Nourrice réalise une rare performance dans son monologue de 20 minutes, bien construit dans l’évolution de son interprétation).
    Voici le lien qui montre la transition « Après-midi d’un Faune »-« Hérodiade » puis en playlist en principe l’Ouverture la Scène et le Cantique de Saint Jean.

  6. Bonjour,

    Désolé, j’arrive trois ans après la bataille mais je tenais à vous dire que j’ai trouvé cet article (et vos échanges) très intéressant(s). J’y suis tombé par hasard en faisant des recherches sur google : je travaille en ce moment sur l’obscurité du langage poétique, mais plus spécifiquement sur l’opposition ombre et lumière en poésie… Afin d’apporter un peu d’eau pour faire tourner votre moulin : Dominique Combe dans son livre Poésie et Récit dit des choses au sujet de Mallarmé qui pourraient vous intéresser. En ce qui concerne le fait que Mallarmé approuve ou non cette bipartition du langage (d’un côté communication, de l’autre poétique) je ne sais pas vraiment, mais Combe semblait dire qu’en tous les cas, Mallarmé prend surtout acte de son époque ; que cette bipartition est surtout liée à l’évolution (historique, sociale) de nos sociétés modernes.

    Au début, il dit par exemple que Mallarmé se fait : « le porte-parole de son époque : c’est une nécessité historique qui le conduit à prononcer l’exclusion [du quotidien, du prosaïsme…], et le constat qu’il dresse cristallise une évolution, déjà amorcée, qui s’accentuera encore à l’époque de Valéry et de Breton ». Pour faire court, Mallarmé est l’un des premiers qui met les poètes sur la voie d’une certaine « poésie pure »qui aurait tendance à exclure le récit (associé à l’insignifiant, à l’accidentel). Mais apparemment il s’agit surtout là d’une « nécessité historique ».

    Et puis Combe cite également ces propos de Michel Leiris (Brisées, p.73) que je trouve extrêmement éclairant sur l’entreprise poétique mallarméenne : « Que Mallarmé soit un poète difficile d’accès, nul n’en disconviendra. Qu’on songe seulement qu’il est abrupt à ce point parce qu’il a réussi ce que peu de poètes pourraient se targuer d’avoir fait : se créer un langage parfaitement adéquat à son objet, un langage qui vise moins à décrire ou raconter qu’à déclencher certains mouvements de l’esprit ».

    Si la question reste la même (pourquoi l’obscurité s’est faite sur le langage poétique moderne ?) je crois que cette citation a le mérite d’éclairer quelque peu nos recherches communes.

    • Bonjour Yannis, merci pour votre commentaire. C’est vrai que cet article est bien ancien, et que ma réflexion sur Mallarmé a beaucoup évolué depuis, mais vos remarques le font ressurgir. Le tournant que fait prendre Mallarmé à la poésie est en effet, à mon avis, lié à de profondes modifications de la société à son époque, mais surtout à une brisure radicale dans la manière de percevoir et de comprendre le monde entre la fin du XIXe et le début du XXe, brisure où se loge la perte du sens et de la transcendance, et donc la perte de confiance dans le rapport entre le mot et la chose. Mallarmé est au coeur de cette brisure, me semble-t-il, tiraillé entre une poésie qui ne serait que fiction de sens et le désir de redonner du sens au monde, d’expliquer l’univers par la poésie. Bonne continuation dans vos recherches, Bien à vous.

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