La dama duende de Calderon au Théâtre de l’Opprimé

Le Théâtre de l’Opprimé donne en ce moment La dama duende (La Lutine) de Calderón, comédie assez peu connue en France. L’argument de la pièce repose sur un stratagème : une armoire coulissante livrant passage de la chambre de Doña Angela, jeune veuve enfermée dans la maison de ses frères, à celle de Don Manuel, hôte chez eux. S’initie un jeu de billets spirituels échangés au moyen de ce passage secret dont seule Doña Angela connaît l’existence. Pour le valet de Don Manuel, Cosme, elle sera donc un esprit follet, un lutin, capable d’apparaître et de disparaître à son gré, d’où le titre de la pièce.

Je ne dévoilerai rien de plus de l’argument, riche en rebondissements, fort drôle, et reposant souvent sur un jeu entre obscurité et lumière. Mais sous son apparence légère, cette pièce permet également d’aborder quelques grandes questions chères à Calderón comme celle de l’honneur. Tous les nobles de la pièce sont tiraillés entre plusieurs attitudes afin de préserver leur honneur, parfois jusqu’à des situations absurdes, ce que fait très bien ressortir la mise en scène d’Hervé Petit. La question du libre-arbitre apparaît aussi, brièvement, dans une scène amoureuse où le personnage masculin se demande comment allier le sentiment amoureux impérieux qui le domine, et sa propre volonté, sa propre liberté. Un écho sans doute à la question du libre-arbitre face à Dieu (qui n’est pas le propos de cette pièce) que Calderón ne cesse de réaffirmer dans ses pièces. Cette pièce est aussi l’occasion de déjouer les superstitions et les croyances en des phénomènes surnaturels. Calderón excelle dans un style virtuose, dans les compliments d’amour courtois hyperboliques qui, contrairement à d’autres de ses pièces, ne sont pas mis ici en face de la supériorité de l’amour sacré. Bref, cette comédie donne au spectateur français la possibilité de découvrir un Calderón moins grave que dans ses pièces les plus connues chez nous, comme La vida es sueño.

Saluons l’adaptation et la mise en scène d’Hervé Petit, la prestation de la compagnie La Traverse, et le brio du jeu de Jean-Claude Fernandez, absolument hilarant dans le rôle de Cosme. Si certains choix de traduction sont contestables – présence de termes contemporains au milieu d’un style plus ancien – ils ne sont pas injustifiés, car il permettent de donner un ton plus enlevé à l’ensemble de l’œuvre.

La dama duende par la compagnie La Traverse est à découvrir au Théâtre de l’Opprimé (dans le 12ème arrondissement) jusqu’au 7 mars.

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