Lecture à Sète

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Ami-e-s sétois-e-s ou présent-e-s à Sète pour le Festival de poésie « Voix Vives » : lundi 25 juillet à 17h30 sur la Place de la Mairie (ou Place du Pouffre pour les intimes), je lirai des extraits de « Voltes », en compagnie de mon éditeur Al Manar.
C’est une joie pour moi de pouvoir lire dans ma ville de naissance.
Je serais heureuse de vous y croiser !

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Signature et lecture au Marché de la poésie

Marché

Les ami-e-s,

Quelques nouvelles pour le Marché de la Poésie :

– Le 9 juin de 14h à 15h je signerai Voltes (recueil de poèmes en prose) sur le stand des éditions Al Manar (stand 403).
Donc pour ceux qui voudraient un exemplaire dédicacé et qui sont libres à ce moment-là, n’hésitez pas à venir ! 

– Le 12 juin à 18h, je participerai à la lecture de l’anthologie de résistance contre la terreur, publiée chez Al Manar. Je lirai, avec émotion, le poème de Michèle Finck, ainsi que le mien.

Au plaisir de vous y croiser !

 

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Parution de « Voltes »

Couv Voltes

Cher-es ami-es,

C’est avec grande joie que je vous annonce la parution chez Al Manar de mon recueil de poèmes en prose intitulé Voltes. 
 
Il est accompagné de dessins de Jean-Gilles Badaire.

Voici un poème extrait du recueil :

 » Tous les huit se tiennent devant un mur blanc. Deux femmes en tablier, avec chacune un nourrisson dans les bras, et trois gaillards penchés au-dessus d’un homme à genoux.

Tous les trois rient, peut-être parce que l’homme agenouillé fait le pitre en pissant sur des fourmis. Ou bien parce que, goguenards, ils s’apprêtent à le rouer de coups; alors les femmes se détournent en serrant leur petit.

Pendant ce temps, le mur derrière eux se décrépit lentement, de fins éclats blanc cassé s’en détachent et tournoient dans le vent, presque comme s’il neigeait. »

 

 

Vous pouvez le retrouver en librairie, ou sur le site des éditions Al Manar.

 

 

« Chants Orphiques et autres poèmes » de Dino Campana

1ère de couverture

Cher-e-s ami-e-s,

Je suis très heureuse et émue de vous annoncer la parution (en Points Poésie, et en bilingue) des « Chants Orphiques et autres poèmes » de Dino Campana, que nous avons traduits avec Christophe Mileschi.
Ce livre signifie beaucoup pour moi : j’en porte le rêve depuis plusieurs années, depuis que ma fascination pour la poésie de Campana m’a conduite à l’inclure dans mon corpus de thèse, et à commencer de le traduire.
Je rêvais d’un livre donnant à lire ses intenses « Chants Orphiques », mais aussi ses autres poèmes inédits en français.
Christophe Mileschi nourrissait de son côté le même projet, et avait déjà traduit une fois, il y a vingt ans, les « Chants Orphiques ».
Nous ne nous connaissions pas.
Nous nous sommes rencontrés, et avons décidé d’unir nos efforts ; cette collaboration s’est révélée passionnante, enrichissante, féconde.
Il a fallu deux ans encore pour tout traduire, et trouver un éditeur – nous souhaitions une édition de poche, afin que l’ouvrage fût financièrement accessible au plus grand nombre.
Ce rêve est maintenant réalité, et nous espérons de tout coeur que cette traduction sera, pour les lecteurs, une porte d’accès vers la poésie de Campana.
Cette poésie est extrême, foudroyante, hypnotique, elle possède un rythme inouï (fait de répétitions, d’absence de virgules, de syncopes, de tensions sans résolutions) ; sa lecture ne laisse pas indemne. La traduire a été pour moi le seul moyen de l’approcher au plus près : au lieu d’élucider sa fulgurance, tenter de la recréer dans ma langue, qui s’en est trouvée elle-même transformée.

Pour vous donner un aperçu, je transcris ici le premier paragraphe du poème en prose « La Nuit », qui ouvre les « Chants Orphiques » :

« Je me rappelle une vieille cité, rouge de murs et tours dressées, brûlée sur la plaine vaste dévastée dans l’Août torride, avec la lointaine fraîcheur de collines vertes et molles sur le fond. Arcs énormément vides de ponts sur le fleuve emmarécagé en maigres stagnations plombées : silhouettes noires de gitans mobiles et silencieuses sur la rive : parmi l’éblouissement lointain d’une cannaie lointaines formes nues d’adolescents et le profil et la barbe judaïque d’un vieillard : et tout à coup du milieu de l’eau morte les gitanes et un chant, du marécage aphone une nénie primordiale monotone et irritante : et du temps fut suspendu le cours. »

Conférence au PIAL

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Amis de la poésie et des langues !
 
Pour ceux d’entre vous que cela intéresse, je serai ce vendredi au séminaire du PIAL (Poésies ibériques et d’Amérique Latine) pour parler de deux grands poètes de langue espagnole, Luis Cernuda et Octavio Paz, et des rapports entre leur poétique et la guerre d’Espagne.
 
Le titre de la conférence : « D’une langue l’autre : Regards croisés d’Octavio Paz et Luis Cernuda sur la guerre civile espagnole ».
Quand : Vendredi 11 mars de 16h à 18h (conférence + échanges).
Où : Institut d’Études ibériques et latino-américaines ; 31, rue Gay-Lussac ; (Paris 5ème) ; Salle 23.
 
L’entrée est libre pour tous !

 
 

Depuis le 13 novembre…

Depuis le 13 novembre, je n’ai plus écrit.
Et puis ce soir, j’ai écouté de la poésie
dans un bistrot.

J’ai entendu des mots, des mots en masse
ils m’ont giflée au visage, m’ont giflée au cerveau
jusqu’à ce que je m’éveille
que mes joues soient rouges.

Des quatre coins du bistrot
j’ai entendu des voix qui disaient
« il faut écrire »
et j’ai eu envie de rire.

Puis je me suis souvenue
des vers d’une amie, Marília,
qui écrit en brésilien, que je lis en espagnol :
« La poesia es una forma de resistencia
a los discursos dominantes ».

J’avais toujours envie de rire
mais pas exactement du même rire qu’avant.

Et puis mon ami Jean-Luc a dit
« On ingurgite chaque jour notre dose de poison ».
Et là, soudain,
j’ai commencé dans ma tête le texte de ce soir,
par à-coups ça dansait ça tournoyait des phrases
avec en fond le brouhaha du bar
comme une basse continue
comme un chant.

Le poison, chaque jour, s’ingurgite, s’infuse,
on se réveille les yeux injectés de tristesse,
désemparés.
On accepte de devenir suspects, tous, tous,
d’ouvrir nos sacs au supermarché,
d’être acteurs dans des milliers de films de vidéo-surveillance
On se range derrière un bouclier factice
On commence à se demander, en faisant son sac le matin,
si on pourra
répondre aux questions des étudiants
à leurs regards inquiets
ou entrer à la bibliothèque avec notre paire de ciseaux.

Pendant ce temps on oublie
de fourbir une langue.

Et là quelqu’un
que je ne connaissais pas,
en face de moi, à ma table, dans le bistrot,
quelqu’un qui s’appelait Alexis a dit
« la parole est dans une gangue, une gangue ».
Et j’ai vu l’image d’une écorce très lisse
très lisse, qui contiendrait des structures folles,
belles, rebelles peut-être, en-dessous, et qu’on ne verrait pas.
Une gangue oui
un bâillon un bandeau
où nos lèvres et nos yeux se sont perdus.

En rentrant chez moi dans la nuit j’ai vu
le tag sur un mur de ma rue
Un tag
que je vois tous les jours
un tag qui dit
« L’amour des siens c’est pas la haine des autres »
Et c’était moins naïf que d’habitude
ou peut-être plus,
mais cela n’avait pas d’importance
car c’était là, c’était écrit.

Et j’ai croisé
un couple à vélo qui s’embrassait dans le mouvement des roues,
des sacs de morceaux de pain déposés
par le boulanger du coin
devant un squat où vivent des gens invisibles,
et j’ai croisé encore,
un mec tout seul dans le noir
avec au dos, cachée dans un étui sombre, sa guitare,
une fille enveloppée dans sa veste
avec aux pieds des chaussures de tango –
et personne d’autre
sauf
une petite flaque d’eau
au bord du trottoir
qui brillait et qui sentait
encore le poisson des poissonneries du marché

Ce poisson qui
quand je l’ingurgite
me donne une dose de plomb, de mercure
de tous ces métaux lourds
si lourds à porter
et face auxquels je reste
comme l’a dit Alexis, ce soir,
« confortable, bien confortable »
tandis que d’autres pour le climat
prennent les coups de matraque
et contemplent les tags
tracés avec de la merde sur les murs des cellules
dans les commissariats.

Et puis j’arrive chez moi
je vois sur mon bureau
le dossier de Master de Iuliia, une étudiante Ukrainienne,
ce dossier rendu à l’avance car elle est repartie
à Kiev, dans la tourmente.
Elle a choisi d’écrire sur
« L’amour lors du naufrage des mondes ».

Et puis j’ouvre mes mails
je vois quatre messages, non lus
Et les quatre messages ce sont mes étudiants
qui m’envoient leurs poèmes
de l’atelier d’écriture
des poèmes « en hommage » pour le 13 novembre,
que je vais avoir la charge d’assembler, de relier
pour en faire quelque chose qui ressemble à un livre.

Je ne sais pas si ceci est un poème
cela ne ressemble pas
tellement pas
à ce que j’écris d’habitude
mais je crois que les habitudes vont changer.

Et je repense
à la petite flaque d’eau
au bord du trottoir.

Je pense
au respect immense
qu’il me faut
envers cette flaque d’eau
pour que je croie encore avoir
comme elle
ma place dans le monde.
Je pense
à l’attention calme
qu’il me faut
envers cette flaque d’eau
pour que j’y voie briller
même un instant,
un rayon de lune ou de réverbère
un rayon quelconque
un rayon.

(Montreuil, le 03.12.2015)

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Ce poème a été publié en mai 2016 dans l’anthologie contre la terreur, éditions Al Manar.

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