Voici un poème écrit pour une collaboration avec la compositrice Helena Winkelman dans le cadre du festival Zeitkunst. Ce texte est donc fait pour être lu avec la musique, l’oeuvre ainsi créée étant une sorte de petit mélodrame. Il a été publié dans le volume paru à l’occasion du festival.
Le corps franchit
Dehors le vent rouge crisse dans les arbres
miroite des branches à facettes
et bouge…………
Elle ne le sait pas
Terrassée d’épuisement
elle dort – abattue sur le sol
La fièvre monte
emprisonne son corps
qui peu à peu se détache d’elle
Il repose là-haut sur une stèle de pierre
suspendue dans le vide
comme pour un sacrifice
un rite de mort.
Bouger.
Bouger.
Bouger ce corps.
Avant de basculer dans le rien.
Elle est presque de l’autre côté.
Et son corps toujours sur la stèle de pierre.
Le bouger.
Le bouger maintenant.
Seule sa gorge crie de terreur.
Et du noir partout.
Un noir sans bornes.
Elle se débat sur son lit de terre noire.
Yeux fendus visage déformé.
Mais le corps toujours gît sur la dalle.
Immobile.
Des voix soudain, comme venant d’un autre monde obscur
la retiennent au bord
du noir qui déjà l’avale
Tout s’efface et s’éteint
comme un écran se court-circuite
et diffuse un grand flou
de petits points noirs et blancs