Sur le marché de la poésie du festival Voix Vives, de méditerranée en méditerranée à Sète, j’ouvre un recueil d’Adonis, que sa lecture quelques heures plus tôt m’a donné envie de découvrir, et je tombe, immédiatement – la vie ne cesse pas de nous surprendre et de nous faire signe – sur un très beau poème intitulé « Orphée », que je vous livre ici :

 

Amoureux, je dévale la pente

pierre dans les ténèbres de l’enfer

mais j’irradie

 

J’ai rendez-vous avec les prêtresses

dans la couche du dieu ancien

Mes paroles sont vent agitateurs de vie

mes chants étincelles

 

Je suis la langue d’un dieu à venir

Je suis le charmeur de poussière

 

Encore une belle preuve de l’universalité et de l’atemporalité d’Orphée et de l’orphisme, apparaissant ici sous la plume du poète syro-libanais en 1960. Ce poème dans chacun de ses vers renvoie aux multiples facettes de la figure d’Orphée : l’amoureux, celui qui descend aux enfers mais qui en retire un pouvoir plus grand, l’initiateur et initié, celui qui maîtrise aussi bien les mots que les sons, la parole que le chant, celui qui redonne la vie, et enfin le prophète, celui qui prédit l’avenir et charme la nature, celui qui use de la langue comme d’un charme au sens étymologique du terme. Le recueil dont le texte est tiré s’intitule précisément Le charmeur de poussière, qui semble renvoyer au poète lui-même, puis, dans ce poème, à Orphée, la langue d’un poète annonçant celle de l’autre, ainsi le lien se tisse entre Orphée et Adonis.

 

 

Adonis, Le charmeur de poussière, traduction Anne Wade Minkowski, dans le volume Mémoire du vent chez Poésie/Gallimard

La revue À verse et plusieurs de ses auteurs ou illustrateurs seront présents au festival de poésie Voix de la Méditerranée à Lodève dans l’Hérault, du 17 au 21 juillet 2010.

Venez nombreux nous écouter lire nos poèmes le 18 juillet à 17h30 et le 20 juillet à 16h30 ! Ce sera l’occasion de découvrir les textes du dernier numéro de la revue, ainsi que des textes inédits. Vous pouvez nous retrouver sur notre stand du marché de la poésie.

Plus d’information sur le site du festival : http://www.voixdelamediterranee.com/php/index.php

Erato, the Muse of Poetry, Sir Edward John Poynter

Voilà une question que je me pose souvent ces derniers temps, devant l’insistance de certains mythes à vouloir s’immiscer, de manière discrète toutefois, dans certains de mes textes en cours. Je ne prétends pas ici apporter une contribution à la réflexion déjà si nourrie sur les rapports entre mythe et poésie, mais simplement ordonner quelques idées pour comprendre ce besoin du mythe qui se fait si souvent sentir dans l’écriture.

À première vue, mythe et poésie s’opposent sur bien des points déjà maintes fois analysés par les structuralistes, anthropologues ou sémioticiens de tous pays. Tout d’abord, le mythe est avant tout un récit, une narration, alors que la poésie s’affranchit souvent du narratif au profit d’une dimension beaucoup plus verticale. Ensuite, le poème est immuable, un objet parfait dans sa forme, et difficilement traduisible dans une autre langue, alors que le mythe n’a pas de forme (il n’a que des structures), il change sans cesse, n’est pas fixé dans un seul texte primordial. La poésie est dépendante du langage, alors que le mythe est sens pur, symbole, qui se détache d’un texte figé. Je n’invente rien ici, mais rappelle simplement quelques grandes lignes des pensées qui ont démontré la distance entre mythe et poésie.

Mais alors pourquoi, si cette distance est telle, la poésie est-elle un lieu aussi privilégié pour l’expression et l’utilisation du mythe ? Tout d’abord, je pense qu’il faut accepter de s’éloigner un peu de la pensée structuraliste, qui tend à faire de la poésie une forme seule, une déconstruction-reconstruction pure du langage, ce qui exclut par exemple toute possibilité de traduction. Loin de moi l’idée de dire que la poésie n’est pas forme et structure – mon fanatisme de l’organisation du poème témoignerait du contraire ! – mais elle n’est pas que cela. Et c’est pourquoi il est légitime de traduire de la poésie, car elle est aussi un sens, et pas un simple jeu linguistique.

Le mythe, comme la poésie, est un discours symbolique, codé, qui doit être déchiffré pour être entendu. Il y a plusieurs niveaux de compréhension du mythe, comme il y a plusieurs niveaux de compréhension du poème, mais ce qui me semble rapprocher surtout mythe et poésie, c’est la notion d’exemplarité, de non contingence qui ressort de leur analyse. Le poème comme le mythe échappe à l’anecdote, ils mettent en scène un absolu, un élément d’explication du monde. Les mythes reposent sur un premier système de référence, qui est celui du monde, et le remodèlent pour en donner une explication, tirée hors de toute contingence. Ce premier niveau de référence pour la poésie, c’est le langage articulé, que la poésie remodèle pour donner un nouveau sens à la fois au langage et au monde. On pourrait objecter que la poésie est quelque chose de singulier, qui procède de l’intime d’un individu, alors que l’exemplarité du mythe vient précisément de sa collectivité. Mais l’intime, une fois inclus dans le poème, devient précisément collectif, comme le héros du mythe devient universel.

Cette exemplarité du mythe s’assortit aussi d’une intemporalité, comme l’a bien montré par exemple Claude Lévi-Strauss, et ici encore mythe et poésie se rejoignent : ils ont besoin du temps pour se développer (ils procèdent d’une durée), mais ce qui y est dit échappe totalement au temps historique.

Le mythe comme la poésie sont une tentative d’échapper au contingent pour atteindre le nécessaire ; si leurs structures diffèrent, leur quête s’unit sur bien des points. Il ne me semble pas innocent que Mallarmé ait pu parler d’ « explication orphique de la terre » comme « premier devoir du poëte » : c’est le pouvoir d’explication des mythes comme de la poésie qui est en jeu.

Les deux pouvoirs entreraient-ils en conflit ? Serait-ce pour cela que j’ai parfois l’impression de lutter pour ne pas trop inclure d’allusions mythiques dans mes textes ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, face à un mythe comme face à un poème, nous ressentons à la fois un éclairage, une sorte d’illumination, et en même temps une irréductible distance, un enfermement menaçant, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles le mythe trouve si bien sa place au sein du poème.  Il en augmente ce double effet, et apporte tout son substrat symbolique qui nous place avec plus d’insistance encore face à un principe d’explication de l’univers à la fois magique et écrasant.

Pour le lancement de son numéro 4, la revue À verse vous invite à une lecture par ses poètes et auteurs. La lecture durera environ une heure et sera suivie d’un buffet-bar. Venez nombreux !

Orphée ne cesse de vivre, de revivre, et de nous surprendre par ses métamorphoses. En témoigne en ce moment la création de José Montalvo et Dominique Hervieu au Théâtre National de Chaillot. Ce spectacle à l’esthétique baroque voire hétéroclite ne tombe jamais dans l’éclectique gratuit ou dénué de sens, et envoûte par la puissance de sa beauté.

À travers la danse, la musique et la vidéo, les deux chorégraphes revisitent le mythe d’Orphée dans toutes ses composantes. Une trame narrative subsiste sans pour autant trop s’imposer, et retrace les quatre grands moments du mythe : l’initiation et l’enchantement des animaux, la perte d’Eurydice et la descente aux Enfers, la mort, et enfin ce que la critique orphique nomme le « tombeau d’Orphée », c’est-à-dire sa permanence par-delà la mort.

Le travail de Montalvo et Hervieu est d’une subtilité infinie : aux danses situées sur la scène répond l’image vidéo dont les limites parfois s’effacent pour interagir avec les danseurs, le tout porté par la musique chantée et jouée en direct. Le talent des musiciens et des danseurs (parfois polyvalents !) est tout simplement époustouflant.

Et quelle beauté dans le traitement du mythe : dès le début s’y mêle le livre, l’objet-livre et le rêve que propose son contenu, puisque le spectacle s’ouvre sur un jeune danseur unijambiste marchant sur les bords de la Seine, devant les étaux des bouquinistes. Il y découvre un livre sur le mythe d’Orphée qui le conduit dans un voyage onirique où il devient Orphée lui-même. Mise en abyme qui rejoue celle de la scène et de la vidéo : au même instant, le danseur de l’écran se contemple, plus bas, dansant sur la scène.

N’insistons pas sur l’intérêt symbolique d’incarner le personnage d’Orphée dans un danseur unijambiste, qui possède donc un manque, mais le comble par l’art, la danse, comme Orphée perd Eurydice et renouvelle son chant. Mais les deux chorégraphes vont plus loin : tous les danseurs incarnent à un moment ou à un autre du spectacle le chantre Thrace, et en particulier un échassier venu du Cirque du Soleil. Aux dires même des chorégraphes, il représente le pouvoir magique d’Orphée, le lien entre ciel et terre caractéristique de la figure orphique. Mais c’est dans le duo avec son double unijambiste que la présence de cet échassier prend tout son sens : aux échasses brillantes répond le métal des béquilles, la présence rédoublée répond à l’absence, et les contraires s’unissent.

Il semble que les chorégraphes aient souhaité insister – à juste titre, et de manière remarquable – sur le pouvoir réconciliateur et harmonisateur d’Orphée : tous les styles de danse et de musique se succèdent, s’entremêlent, se contredisent, toutes les couleurs de peaux se mélangent, dans une harmonie qui ne se perd jamais. Orphée unit les contraires, et le spectacle aussi, à travers une vision baroque non dénuée d’humour, et perçue comme moyen d’embrasser une totalité, désir éminemment orphique.

Certains tableaux sont bouleversants : à la mort d’Eurydice, tandis qu’un thrène africain accompagné au théorbe est chanté par un des danseurs, nous voyons Orphée errer sur…le Pont des Arts (!), seul au milieu d’une foule qui passe peu à peu de la couleur au noir et blanc. Puis aux Enfers, un duo Orphée-Eurydice témoigne de la puissance du lien amoureux à travers des frissons se transférant d’un corps à l’autre, puis s’élargissant dans la danse.

Pour qui aime le mythe d’Orphée, ce spectacle est d’une richesse d’autant plus grande, les références foisonnent : dans la musique bien entendu, qui reprend des extraits – entre autres styles très divers – de Monteverdi ou Gluck, mais aussi sur l’écran où percent parfois des peintures retravaillées par la vidéo ou encore un clin d’œil au film Le testament d’Orphée de Cocteau, et plus précisément à la scène de la photo renaissant du feu même qui aurait dû la consumer.

Au fil du spectacle, tout fait sens : la danse aux gestes étonnants d’Eurydice dans le premier tableau se répète dans le second, et entre en interaction avec un serpent sur l’écran vidéo, comme si ses gestes la conduisaient déjà vers son destin. La boucle se ferme et peut donc renaître, comme le destin d’Orphée, lorsque la fin du spectacle reprend le tableau du début. Orphée à la fois au bord du fleuve et immergé dans le fleuve – dont il est né et où sa tête et sa lyre retournent, selon le mythe – témoigne de la permanence de son pouvoir quand, après un moment festif et jubilatoire où à nouveau tout s’unit, nous le voyons sur l’écran s’éloigner avec ses béquilles, son livre sous le bras, sans se retourner.

Orphée de José Montalvo et Dominique Hervieu, au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 19 juin 2010.

Voici un poème écrit entre mars et avril 2010, et récemment primé au concours de poésie francophone de la Sorbonne. Il est le début d’une exploration qui devrait s’étendre sur plusieurs poèmes.

 
 

S’assombrit

 

Je suivais la lumière, j’avançais

J’allais, dans l’ovale des galeries

sans savoir ce qui ouvrait et fermait mon cortège

 
 
 

Et cette lumière

 
 
 

Le cortège de mes pas résonnait

tandis qu’une à une

se dérobaient les voies nues

 
 

Et cette lumière

 
 

Ce cortège n’était pas

Ma marche

ma main l’avait ouverte, ma main l’avait fermée

 
 

Et cette lumière

 
 

Des portes claquèrent dans ma tête

Elles battirent sur le vide

 
 

Et cette lumière

 

Les portes la soufflèrent

Tu suffoquas dans le noir

 

Sans cette lumière

 

Tu portes le flambeau, le leurre dans ta main

 

Ta propre lumière

 
 
 
 
 

Elle tombe

son corps sous la voûte – s’éboule

sur les parois, dans le vide sur la terre noire, à tâtons, ses mains

À l’occasion du centenaire de la naissance du poète cubain José Lezama Lima, un colloque international se tiendra à Paris les 28 et 29 mai prochains. Vous pouvez en découvrir le programme ci-dessous (cliquer sur les images) :

Et voici un bref résumé de ma communication :

JOSÉ LEZAMA LIMA ET L’ORPHISME

La communication s’intéressera à l’orphisme de José Lezama Lima, notamment tel qu’on peut tenter de le définir à la lecture de son essai Introducción a los vasos orficos et de ses réflexions rejoignant parfois l’orphisme dans Las eras imaginarias, orphisme qu’il considère comme « la tercera era imaginaria ». Il s’agira de situer l’orphisme de Lezama Lima au sein d’une définition de l’orphisme plus large, regroupant à la fois les traditions orphiques antiques et leurs réinterprétations jusqu’à la modernité, afin de voir comment et dans quel but il les a assimilées. L’orphisme de Lezama Lima part en effet d’une connaissance des cosmologies orphiques antiques, pour construire et révéler dans ses écrits une vision de l’homme, de la mort, de l’univers et de la poésie qui doit beaucoup à la reprise des motifs orphiques par les romantiques européens. Comme eux, Lezama Lima croit au pouvoir réconciliateur d’Orphée  et à la fonction de lien entre l’homme et l’univers qui est celle de la parole poétique orphique. 

Voici un micro-récit publié dans la rubrique « Ondes » (textes libres) du n° 4 de la revue À verse. Il s’agit de mon premier texte dans le genre peu connu en France du micro-récit, et je pense continuer à explorer ce nouveau type d’écriture.

 
 

Enfin il ose revenir à l’ancien appartement. Au centre de la pièce, sur le parquet de bois, repose le grand cadre éblouissant : il reconnaît le miroir.

Fasciné il s’approche, pour la première fois d’un pas calme, et commence à marcher dans le cristal impassible.

 
 

Le lisse et l’éclaté étincellent dans le sans fond.
En lui monte le vertige de se sentir entrer dans le revers du monde. Peut-être parviendra-t-il à perdre sa frontière.

 
 

Avec inquiétude il atteint le bord du miroir, où la lumière se multiplie, et contemple le précipice.

 
 
 
 
 
 

À l’aube ils découvrirent son corps diffracté.

Au fil de mes lectures de ces derniers jours, j’ai été arrêtée par une réflexion du poète cubain José Lezama Lima, portant sur les rapports entre la culture et la vie :

 

Sabemos que cualquier dualismo que nos lleve a poner la vida por encima de la cultura, o los valores de la cultura privada de oxígeno vital, es ridículamente nocivo, y sólo es posible la alusión a ese dualismo en etapas de decadencia. En épocas de plenitud, la cultura, dentro de la tradición humanista, actúa con todos sus sentidos, tentando, incorporando al mundo su propria sustancia. Cuando la vida tiene primacía sobre la cultura, dualismo sólo permitido por ingenuos o malintencionados, es que se tiene de ésta un concepto decorativo. Cuando la cultura actúa desvinculada de sus raíces es pobre cosa torcida y maloliente. […] Que siendo ambas, vida y cultura, una sola y misma cosa, no hay por qué separarlas y hablar de ridículas primacías.

 
Ce que je traduirais par :
 

Nous savons que tout dualisme qui nous conduirait à tenir la vie pour supérieure à la culture, ou bien à considérer les valeurs de la culture privée d’oxygène vital, est ridiculement nocif, et que l’allusion à ce dualisme n’est possible que lors d’étapes de décadence. Pendant les époques de plénitude, la culture, au sein de la tradition humaniste, agit avec tous ses sens, tentant, incorporant au monde sa propre substance. Quand la vie a la primauté sur la culture, dualisme permis seulement par les ingénus ou les malintentionnés, c’est que l’on considère cette dernière comme un concept décoratif. Quand la culture agit détachée de ses racines, elle est une pauvre chose tordue et malodorante. […] Puisqu’elles sont toutes deux, vie et culture, une seule et même chose, il n’y a pas à les séparer et à parler de ridicules primautés.

 

Cette réflexion, avec sa vision extrême qui assimile totalement vie et culture, m’a parue d’une grande justesse. Il ne s’agit pas, bien évidemment, de parler de la culture au sens précisément malodorant qu’elle a pris à notre époque, où elle englobe tout un amas d’œuvres, d’idées et de pensées souvent déconnectées de leurs racines, mais que l’on est supposés posséder pour l’image. Non, je veux parler ici d’un savoir, au sens qu’entend Lezama Lima, un savoir proche d’une vision humaniste de l’apprentissage. Et c’est précisément ce savoir, ces connaissances qui s’incorporent à notre vie, l’emplissent et la conditionnent tout à la fois.

Il serait complètement illusoire de penser que notre vie peut-être détachée de notre culture ; dès que nous devenons lecteurs, notre vie, notre vision du monde est conditionnée par des éléments culturels qui prennent presque autant d’évidence que le fait que le ciel soit bleu ou que l’eau mouille. Par exemple, en voyant un étang parsemé de lotus, comment ne pas penser, même un bref instant, aux Nymphéas de Monet ? Ceci vaut pour la vie hors des livres, mais aussi dans les livres : lisant le mot « albatros » dans un poème, comment ne pas voir un clin d’œil à Baudelaire ? L’aurore, depuis Homère, sera toujours aux doigts de rose.

Chaque culture, selon l’homme qui la porte, sera différente, mais quelle qu’elle soit elle sera vitale, parce qu’elle fera partie intégrante de la vie et du monde, parce qu’elle construira ce qui fait un homme au sens humaniste du terme. La culture ou la vie : il s’agit bien ici d’un « ou » d’équivalence et non pas d’exclusion.

Tout ceci m’a amenée à me poser la question de l’écriture, une fois acceptée l’idée de l’adéquation entre culture et vie. Comment le texte littéraire (et dans mon cas je parlerai avant tout de poésie) peut-il assumer cette culture dans l’écriture ? Je crois que l’écriture est précisément faite de vie et de culture, mais cette affirmation met tout de même en question la nature du réel, et la nature de ce dont parle la poésie. Si dans notre vie, les références culturelles modifient notre vision du réel, et deviennent vitales pour une appréhension du monde, alors toute métaphore poétique que nous pourrions créer sera au fond seconde. Il y aura toujours, première, une métaphore appartenant à notre culture, et qui aura conditionné notre manière de voir. Alors comment assumer à la fois la part de culture, et la part de renouveau indispensable à toute création ? D’autres ont tenté de purifier les mots, mais tout en écrasant leurs textes de références ! Nous approcherons-nous plus du réel en incorporant toujours plus de culture à notre vie, dans un élan englobant et totalisant, ou au contraire par l’épure la plus ascétique, par le recentrement sur le vide et l’absence ? C’est une question à laquelle il est bien difficile de répondre, mais il me semble qu’il serait un leurre de penser que la poésie peut s’affranchir de toute culture pour dire quelque chose d’un réel absolu et premier. Je pense même qu’elle ne le doit pas, car qui sait, l’empreinte culturelle dit peut-être  – et même certainement – quelque chose de vrai. La métaphore seconde que nous créons, ou notre réutilisation d’un mythe, devrait pouvoir garder en mémoire – derrière les mots qui auront changé – la métaphore première, tout en présentant du monde un visage nouveau et inconnu. Jusqu’à ce que ce nouveau visage intègre à la fois la vie et la culture.

Le dernier numéro de la revue de poésie À verse vient de paraître. Vous pouvez découvrir ici sa couverture et son sommaire. Pour vous le procurer, vous pouvez consulter la liste des librairies parisiennes et provinciales amies de la revue sur le site d’À verse (lien dans la colonne de droite). Vous pouvez également le commander directement en ligne ou vous abonner. Un micro-récit de ma plume est à y découvrir…Bonne lecture !

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