La revue À verse donnera une lecture de poésie le 22 mai à 19h15 à la librairie La Lucarne des Écrivains. C’est l’occasion de découvrir ses jeunes auteurs et son numéro 8, venez nombreux !

La revue À verse donnera une lecture de poésie le 22 mai à 19h15 à la librairie La Lucarne des Écrivains. C’est l’occasion de découvrir ses jeunes auteurs et son numéro 8, venez nombreux !

Voici deux poèmes de mon amie Laura Petrecca, traduits en collaboration avec elle, et publiés dans le numéro 8 de la revue À verse.
*
Todas las veces frente a la boca del perro
el ruido es el mismo
la misma voz, el canto que falta
como cuando dormías,
estrellado al vidrio,
coronado de abejas en un designio privado
como quien sonríe en el piso que se abre
aquél que sabe algo más
porque defiende los brazos que caen
y sonreír, entonces
es inevitable
como es inevitable también
no soñar durante guerra
y abrazado al estómago de una pantera
saber,
volviendo redondo sobre ella
amarrado al calor del peluche
donde sí vivió tu padre
*
Devant la bouche du chien
le bruit est toujours le même
la même voix, le chant qui manque,
comme quand tu dormais,
écrasé contre la vitre,
couronné d’abeilles dans un dessein privé
comme quelqu’un sourit sur le sol qui s’ouvre,
lui qui en sait plus
parce qu’il défend les bras qui tombent
et sourire alors
est inévitable
comme il est inévitable
de rêver pendant une guerre
et accroché à l’estomac d’une panthère
savoir,
en s’arrondissant sur elle,
amarré à la chaleur de la peluche
où ton père a vraiment vécu
*
A Obioma Ofoego
Las quemaduras negras
se apagan adentro
se inflaman de leche
por el ruido de la raza
¿qué son esas caras tatuadas en hilos
sino todos estos años en la ciudad extranjera?
donde el frio se oxida
como el azufre en los puentes,
como la vuelta de una chica,
como aquello que buscabas,
perdido en los trazos abiertos de las posibilidades
salvando con manzanas las perforaciones de la balsita
qué espera arriba, el agua de abajo
y la represa se alza por un ascensor submarino
¿y es esa tu duda, la misma que baja?
*
A Obioma Ofoego
Les brûlures noires
s’éteignent dedans
elles s’enflamment de lait
par le bruit de la race
que sont ces visages que des fils tatouent
sinon toutes ces années dans la ville étrangère ?
où le froid s’oxyde
comme le soufre sur les ponts,
comme le retour d’une jeune fille,
comme ce que tu cherchais,
perdu dans les plis ouverts des possibilités
sauvant à l’aide de pommes les trous du petit radeau
qu’est-ce qui attend là-haut, l’eau en-dessous
et le barrage s’élève par un ascenseur sous-marin
est-ce ton doute, là, ce qui descend?
À Mazen Maarouf
Lorsqu’ils descendirent du taxi, le bus de nuit pour l’aéroport était déjà là. Il y monta, puis, sans détacher ses yeux d’elle, s’assit dans le sens inverse de la marche. Le bus s’éloigna, et les larmes qui s’accumulaient en elle depuis la veille, formant un petit étang derrière son visage, coulèrent enfin tandis qu’elle commençait à marcher dans le silence des rues désertes. Le seul bruit qui lui parvint fut celui d’un goéland perçant de son bec une boîte en plastique, dans une ruelle de la nouvelle ville.
De loin, elle vit venir dans sa direction un grand rasta dégingandé. Quand il fut à sa hauteur il lança, avec un clin d’œil : Where are you going? Come on, let’s have a good time! Elle continua d’avancer, comme nue, exposée sous ces mots, sous l’attaque de cette présence importune, alors que l’absence qui commençait à imprimer son creux au fond d’elle était trop récente, et voulait demeurer une place cachée, un sanctuaire enfoui. Elle le remplit de la goutte sur ses cils qui rendait brillant l’éclairage des murailles, de l’odeur verte d’un parc tout proche, où les oiseaux s’éveillaient, de l’échappée au bout de la rue en pente sur ce qu’elle savait être, très loin, la mer, du grincement de la porte de l’échoppe d’en face, du creux dans le lit où une heure auparavant il dormait, et de la lumière dans la chambre, un peu plus claire, qui annonçait déjà le très petit matin.
Ce micro-récit a été publié dans le numéro 8 de la revue À verse.
Battue en brèche
Partout
partout ils avalent de l’iode
Il n’y a plus d’eau dans les fontaines
il n’y a plus que la peur d’une épée rouillée oxydée brandie
et des choses qui s’anthracitent entre elles
Wie spät ist es pour les vapeurs térébenthines
les tourtes vertes de cuivre amoncelées dans le désert d’Atacama
Christina sur le tableau, tombée, qui rampe, essaie d’avancer encore un peu dans le blé, même si les corbeaux au bord du cadre fuient une menace, se répandent hors-champ, invisibles comme des particules radioactives
les fahrenheits transformés en stalactites, dont les écureuils de Central Park évitent par à-coups la chute
le qui-vive sans fin du ruisseau
les travailleurs sur les pentes ébréchées de sillons stériles
la prostituée latine, en brûlant les énièmes piles d’un petit poste de radio offert sans contrepartie par un musicien de son quartier, sourit, déploie son corps sous les linteaux génois
la radio révèle ses poumons brûlés
les chiens errants meurent pleins de tremblements dans la gare de Valparaiso
Comment les attraper sans les mettre en laisse
ouvrir une brèche au couteau sans rien égorger
il faudrait encore croire aux rites aux sacrifices qu’enfants nous célébrions en noyant des insectes
croire qu’à présent il pleut
car quelqu’un
quelque part
chante faux
a dansé la danse de la pluie
mais la lune depuis longtemps ne suit plus notre marche
Une brèche
où engouffrer des mots à la même vitesse
Tout se compresse jusqu’à l’écorce pour extraire son carburant
tu l’avales comme si cette semence pouvait te féconder par la gorge
Non décidément il n’y a plus d’essence
peut-être rien qu’un fond de bouteille de white-spirit
posée là-bas derrière un mur espalier de vent
pour corroder les bords sanglants de la brèche
Ce poème a été publié dans le numéro 8 de la revue À verse, et a été traduit en espagnol par Laura Petrecca et moi-même puis publié sur le blog tenu par Luna Miguel Tenían viente años y estaban locos, où vous pouvez également découvrir en langue espagnole de nombreux autres jeunes poètes espagnols ou internationaux.
Le numéro 8 de la revue À verse est paru depuis quelques jours, peut-être avez-vous déjà eu l’occasion de le découvrir au salon du livre. Sinon, voici sa couverture, pour vous donner envie d’aller le voir de plus près. Vous pourrez y retrouver un poème, un micro-récit et des traductions de ma plume, ainsi que des textes des fidèles auteurs d’À verse, mais aussi de nouveaux auteurs publiés pour la première fois dans la revue. Bonne lecture !

Suite à l’exposition Zufallstreffer à Berlin, où des textes de différents auteurs répondaient à des dessins d’Aurélien Tristan Bonnetain, vient de paraître en édition limitée le catalogue de l’exposition, et un livre électronique regroupant toutes les contributions. Voici la mienne, sous forme de micro-récit, accompagnée du dessin qui l’a inspirée.

Cela faisait maintenant dix ans qu’on l’avait enfermé.
Parfois il songeait au merveilleux chaos de la ville dehors. Il revoyait flotter devant ses yeux des immeubles crénelés, de petites montagnes derrière des palissades, des campaniles avec d’étroits colimaçons sans fin, des barques à la voile triangulaire toujours amarrées à quai. Enfant, il avait longtemps contemplé la mousse et les puces d’eau qui envahissaient leurs coques pourries. Le vrombissement infernal de quelques uns de ses jouets mécaniques lui revenait en mémoire. Sa mère avait certainement dû, dans la terre bien ratissée de derrière le portail, faire pousser une plante fleurie pour chacune de ses années de détention.
En général, il étouffait le cours de ses pensées aussitôt qu’il les sentait s’éloigner du souvenir pour se rapprocher de la supposition. Tout s’achevait dans la lumière aveuglante de la lampe braquée sur lui lors de l’interrogatoire. Il recommençait alors à scruter les sillons dans l’empreinte spiralée de son doigt.

Aurélien Tristan Bonnetain, Zufallstreffer
L’exposition Zufallstreffer, qui aura lieu à Berlin les 24 et 25 février 2012 au Kunstraum Kreuzberg/ Bethanien (Studio I) présente les 10 dessins d’un ami, Aurélien Tristan Bonnetain. À chaque dessin il a voulu que réponde un texte écrit par un auteur différent. J’ai donc écrit un micro-récit qui sera exposé aux côtés du dessin qui l’a fait naître (le dessin comme le texte seront mis en ligne ici après l’exposition).
Les textes seront publiés par eriginals berlin et seront disponibles à partir du 24 février 2012 au format E-book. Lors du vernissage de l’exposition aura lieu une lecture de tous les textes.
Ci-dessous une description en allemand du projet, tirée du site de Mathilda Gold :
Die Ausstellung Zufallstreffer – Aurélien Tristan Bonnetain und die Geschichtenerzähler zeigt Zeichnungen des in Berlin lebenden französischen Künstlers Aurélien Tristan Bonnetain und Texte internationaler Geschichtenerzähler. Bonnetain beschäftigt sich in seinen Zeichnungen mit der Zufälligkeit der Linie und der Entstehung von Geschichten. Die Geschichtenerzähler setzen sich ihrerseits mit dem Deutungsschatz seiner Arbeiten auseinander. Das Gemeinschaftsprojekt wird erstmals im Kunstraum Kreuzberg/ Bethanien in Berlin ausgestellt.
Die kleinformatigen, zweidimensionalen Arbeiten, die auf postkartengroße Notizblätter

Aurélien Tristan Bonnetain, Zufallstreffer
entstehen, führen über die Linie zur Fläche. Sie sind ein Experimentierfeld der Gedanken. Die lyrischen, zufälligen und naiven Zeichnungsprozesse des Künstlers laden zum Träumen und Geschichtenerzählen ein. Die Geschichte in der Zeichnung ist von der Zufälligkeit der Linie, der Form und deren Verhältnis zueinander geprägt. Während Bonnetain eine so entstehende Geschichte auf dem Papier erzählt, bleibt deren Ausgang bis zum Ende offen. Er erlaubt dem Geschichtenerzähler seiner Phantasie freien Lauf zu lassen und eine mögliche von vielen vorstellbaren Geschichten zu formulieren.
Das Dargestellte ist symbolisch oder figurativ – eine Illustration von gegensätzlichen Elementen, von verlorenen Figuren, die sich irgendwann in anderen Formen oder Landschaften willkürlich wiederfinden. Miniaturhafte Riesen, verstrickte Körper, Pseudophalli, fliegende Vaginas, Knochen, Krücken und Kolumnen, Labyrinthe, Monstren, unmenschliche und dekorative Formen führen den Betrachter durch eine verträumt konstruierte Welt. Er verliert sich darin – wandert, balanciert, fällt, springt und begibt sich in kuriose Situationen. Bonnetains Zeichnungen sind von fernen Reisen und Mythen, von Momentaufnahmen und Gesprächen, von Filmen, Bildern und Zitaten inspiriert. Sie handeln von dem, was in seinem Kopf oder seinen Fingerspitzen geschieht. Sie beanspruchen keine allgemeingültige Geschichte für sich und warten darauf von Geschichtenerzählern weitergeführt zu werden.
Die Ausstellung Zufallstreffer – Aurélien Tristan Bonnetain und die Geschichtenerzähler ist am 24. und 25. Februar 2012 im Kunstraum Kreuzberg/ Bethanien (Studio I) zu sehen.
Die Kurzgeschichten werden bei eriginals berlin publiziert und sind ab dem 24. Februar 2012 über den Verlag als E-Book erhältlich.
Teilnehmende Schriftsteller: Boris Hillen, Tobias O. Meißner, Romain Delange, Irène Gayraud, Irina Predo, Clément Labail, Johannes Lotze, Christian Wöllecke, Thomas Köck, Mazen Maarouf, Dalan Badak
Projektleitung: Vivi Kallinikou, Alime Gümüs
Projektassistenz: Eszter Légrády
Pressereferenz: Annika Hirsekorn